Depuis l’inscription en 2011 de tamazight comme langue nationale et officielle dans la Constitution marocaine aux côtés de l’arabe, le débat ne semble pas encore fini à propos de l’usage de cette langue millénaire au sein des institutions officielles du Royaume. C’est ce qui s’est passé ce lundi 1er novembre au sein du Parlement, lorsque plusieurs députés ont regretté le retard dans la généralisation de l'usage de cette langue.

Lors de la séance des questions orales au Gouvernement à la Chambre des représentants marocains, ce lundi 1er novembre, certains députés marocains, représentants des groupes parlementaires, ont pris la parole pour exiger l’usage de tamazight au parlement et assurer une « une traduction simultanée du tamazight vers l'arabe » de l’ensemble des interventions dans l’Hémicycle, afin de « permettre aux députés de poser leurs questions au gouvernement en tamazight, langue nationale et officielle, comme stipulé dans la Constitution », rapportent plusieurs médias marocains.

« Les locuteurs de la langue tamazight ont le droit de savoir ce que nous disons », affirme une députée marocaine

Une députée, citée par le média en ligne Alyaoum24, a déclaré lors d'un point d'ordre au début de la session des questions orales au gouvernement, que « la Constitution de 2011 a inscrit tamazight comme langue officielle aux côtés de l'arabe, et les locuteurs de la langue tamazight ont le droit de savoir ce que nous disons et que leurs messages parviennent au gouvernement, à travers nous, dans leur langue ».

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Une demande pour laquelle s’est opposée Khadija Al-Zoumi, présidente de la séance, estimant que « la question de l’introduction de la traduction simultanée des interventions des députés en arabe et en tamazight ne figure pas à l’ordre du jour des sujets discutés lors de la séance ». Une réponse qui a fait réagir, le député Rashid Al-Hamouni, chef de du groupe « Progrès et socialisme », estimant  que « la question est au cœur du règlement intérieur du Parlement », indique la même source.

« Nous ne parlons pas de ce à quoi le gouvernement s'est engagé. C'est une autorité exécutive et nous sommes une autorité législative. Le Parlement est celui qui décide, et la traduction doit être assurée à l’écran, afin que les députés puissent s'exprimer comme ils le souhaitent en tamazight, et les citoyens, qui suivent comprennent ce que disent les députés », affirme pour sa part Mustafa Al-Ibrahimi, chef du groupe parlementaire du Parti pour la Justice et le Développement (PJD).

Pour rappel, la loi organique sur Tamazight, adoptée lundi 10 juin au Maroc, définit l’emploi de cette langue nationale et officielle dans l’administration, les collectivités territoriales et les services publics, ainsi que son enseignement dans les écoles et son usage dans la vie culturelle. Toutefois, le texte en question a suscité de nombreuses critiques de la part des défenseurs de la langue amazighe au Maroc. « Cette loi reste vague, elle ne détermine pas comment le tamazight doit être enseigné ou utilisé dans les médias », affirmait en juin 2019 l’écrivain et militant amazigh Mohamed Assid, dans les colonnes de Jeune Afrique. « Nous revendiquons un changement de conception pour une égalité entre les deux langues officielles. Or ce n’est pas le cas, la discrimination continue avec cette loi », a-t-il regretté.