Les prix des produits alimentaires et de l'énergie resteront élevés sur la marché mondial jusqu’à la fin de l’année 2024, en raison de la guerre en Ukraine, selon la Banque mondiale. Dans un rapport publié le mardi 25 avril, l'institution financière estime que l'économie mondiale vit aujourd’hui son plus grand choc sur les produits de base depuis les années 1970.

Alors que la majorité des pays du monde, notamment ceux de l’hémisphère Sud – dont l’Algérie – sont frappés par une grave crise liée à la hausse des prix de base (énergie et alimentaire), un rapport de la Banque mondiale (BM) tombe comme un cheveu dans le soupe de la population de toute la planète. La hausse des prix de la majorité des produits va encore se poursuivre pour les prochaines années.

« La guerre en Ukraine a provoqué un choc majeur sur les marchés des produits de base et modifié la physionomie des échanges, de la production et de la consommation dans le monde », indique en effet la Banque mondiale dans un communiqué publié ce mardi 25 avril. La BM estime que « les prix vont se maintenir à des niveaux historiquement élevés jusqu'à la fin de 2024 ».

La hausse des prix des matières premières n'a jamais été aussi forte depuis 2008, selon la Banque mondiale

Les auteurs du rapport soulignent que la hausse des prix de l'énergie au cours des deux dernières années a été la plus importante depuis la crise pétrolière de 1973. « Celle des matières premières alimentaires – dont la Russie et l'Ukraine sont de grands producteurs – et des engrais, dont la production dépend du gaz naturel, n'a jamais été aussi forte depuis 2008 », selon ce communiqué de la Banque mondiale.

« Globalement, il s'agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 1970. Comme c'était le cas à l'époque, ce choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, du carburant et des engrais », explique Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale pour le pôle Croissance équitable, finances et institutions.

Les prix de l’énergie vont probablement grimper de plus de 50 % en 2022 avant de baisser en 2023 et 2024, selon la BM. Quant à ceux des biens non énergétiques, notamment les produits agricoles et les métaux, ils devraient augmenter de près de 20 % en 2022, puis diminuer également au cours des années suivantes.

Une moyenne de 100 dollars le baril en 2022, selon la Banque mondiale

Cependant, « les prix des produits de base devraient rester bien supérieurs à la moyenne des cinq dernières années et, en cas de guerre prolongée ou de nouvelles sanctions contre la Russie, ils pourraient devenir encore plus élevés et plus volatils que ce qui est actuellement prévu », note encore le rapport.

« Le cours du pétrole brut (Brent) devrait atteindre une moyenne de 100 dollars le baril en 2022, ce qui correspond à son plus haut niveau depuis 2013 et à une augmentation de plus de 40 % par rapport à 2021 », note la BM.

Le prix du pétrole  « devrait baisser à 92 dollars en 2023, ce qui sera bien au-dessus de la moyenne sur cinq ans de 60 dollars le baril », ajoute le rapport. Pour ce qui est des cours du gaz naturel (européen), ils devraient être « deux fois plus élevés en 2022 qu’en 2021 ».

Les cours du blé devraient augmenter de plus de 40 %, selon le rapport de la Banque mondiale

Concernant les produits alimentaires de base, les prévisions de la Banque mondiale sont telles que « les cours du blé devraient augmenter de plus de 40 % et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année, ce qui pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations de blé, notamment en provenance de Russie et d’Ukraine ».

Pour la Banque mondiale, ces hausses de prix ont « un coût humain et économique considérable, et risquent de freiner les progrès en matière de réduction de la pauvreté ».

Pour y remédier, le rapport de la BM « exhorte les responsables politiques à agir rapidement pour minimiser les dommages causés tant à leurs concitoyens qu’à l’économie mondiale ».

Le rapport de la Banque mondiale préconise également de « recourir à des dispositifs de protection sociale ciblés, tels que les transferts en espèces, les programmes de repas scolaires et les chantiers de travaux publics, plutôt qu’à des subventions aux denrées alimentaires et aux carburants ».

Pour la BM, « une priorité essentielle devrait être d’investir dans l’efficacité énergétique, y compris la modernisation des bâtiments et accélérer le développement de sources d’énergie neutres en carbone, à l’image des énergies renouvelables ».