Le 17 mai 2021, des milliers de migrants ont afflué à Ceuta, petite enclave espagnole au nord du Maroc. Ils sont près de 12'000 à avoir passé la frontière pour rentrer dans l'Union européenne, sans que les services de sécurité marocains bougent le petit doigt. Une année après cette « invasion », l'émission Complément d'enquête revient sur les dessous de la crise diplomatique entre le Maroc et l'Espagne. Les images montrent des éléments de la Gendarmerie royale et des forces spéciales spectatrices de cette ruée. Ce qui fait dire aux observateurs que le Maroc a utilisé cette immigration clandestine comme moyen de chantage contre l'Espagne.

En ce début mai 2021, les relations diplomatiques entre le Maroc et l'Espagne traversaient une période de tension. Le royaume chérifien avait rappelé son ambassadeur en Espagne en raison de l'accueil du leader de la RASD, Brahim Ghali, pour des soins. C'est dans ce contexte de tension que des milliers de clandestins marocains se sont introduits dans l'enclave de Ceuta. À cette époque plusieurs observateurs ont signalé la complaisance des autorités marocaines dans cette migration massive. Pour faire face à cette ruée, les autorités espagnoles sont allées jusqu'à déployer les forces armées.

Le gouvernement de Pedro Sanchez avait même accusé le Maroc d'agression et de chantage après l'arrivée de ces migrants. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, quant à elle, avait qualifié cette action d'« agression à l'égard des frontières espagnoles, mais aussi des frontières de l'Union européenne ».

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Le chantage du Maroc à l'Espagne a été payant

Une année après les faits, l'émission Complément d'enquête revient sur cet épisode avec des témoignages. La journaliste Paloma Fernández Coleto, première arrivée sur place, a trouvé « incroyable que les corps de sécurité, la gendarmerie et les forces spéciales marocaines non seulement ne fassent rien du tout, mais en plus ouvrent une porte pour que les gens puissent entrer en Espagne ».

Il faut dire que cette perméabilité des frontières a  atteint son paroxysme au moment des faits. Les Marocains ont décidé selon de laver l'affront de l’accueil par l'Espagne de Brahim Ghali, en relâchant les contrôles à la frontière. Pour Paloma Fernández Coleto, « le Maroc s'est vengé de l'entrée en Espagne de l'indépendantiste en attaquant l'Europe, mais sans l'attaquer : en envoyant des personnes, des enfants… ». Ce chantage marocain a même été dénoncé par l'UE, qui n'avait laissé aucune ambiguïté. « Personne ne peut intimider ou faire chanter l'Union européenne sur le thème migratoire », avait asséné le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas.

Cependant, en ce mois de mai 2022, les choses ont changé. Les relations entre le Royaume ibérique et l'Espagne se sont nettement améliorées. L'Espagne a même adopté la proposition marocaine pour le Sahara occidental. Ce qui fait dire à certains observateurs que le chantage marocain a été payant.