Après plus d'une année de crise diplomatique avec le Maroc, l'Espagne a changé de fusil d'épaule. Elle s'est rapprochée du Royaume chérifien avec une décision qui a surpris plus d'un. En effet, l'Espagne a appuyé le plan marocain concernant la question du Sahara occidental ; un changement de position qui a attiré les foudres d'Alger. Les observateurs s'interrogent sur les raisons qui ont poussé l'Espagne à sacrifier l’Algérie, avec qui elle entretenait d'excellentes relations.

Ainsi, l'Espagne a redéfini les contours de sa nouvelle politique étrangère. Un changement de cap décidé par le gouvernement de Pedro Sanchez dans un contexte de tension algéro-marocaine. L'Espagne a donc décidé de donner la priorité au renforcement du partenariat avec le Maroc, même si cela relègue le partenariat avec son voisin algérien au second plan. Les raisons de ce revirement sont multiples, cela en faisant fi de certaines accusations de chantage marocain. Une thèse qui peut s’avérer crédible, mais pas exclusive.

Le choix du Maroc est aussi un choix économique

En effet, dans le choix espagnol, d'autres paramètres entrent en jeu. Il s'agit notamment d’intérêts économiques. Il faut savoir que les importations espagnoles de produits marocains sont supérieures de 53 % à celles des produits algériens. Du côté des exportations, le volume des produits livrés au marché marocain est 5,8 fois plus important que celui livré au marché algérien (selon des statistiques espagnoles).

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Donc, sur le plan économique, la balance commerciale penche du côté du Maroc, dont la proximité géographique en fait un partenaire clé en matière d’échanges commerciaux. L’Espagne est depuis 2013 le premier partenaire économique du Royaume devant la France. Alors que pour l’Algérie, l’Espagne n’est que le 5e importateur, loin derrière la Chine, la France, l’Italie et l’Allemagne.

La question migratoire et la pression marocaine sur l'Espagne

Une autre question a fait basculer l'Espagne du côté marocain. Il s'agit du contrôle des flux migratoires envers le royaume ibérique. Un dossier utilisé pour faire pression sur l'Espagne, selon des institutions officielles espagnoles. Ainsi, la gestion de la crise migratoire, au-delà du coût exorbitant qu’elle nécessite, constitue un enjeu électoral important pour le gouvernement actuel. L’Espagne a donc choisi, pour stopper les vagues de candidats à l’immigration clandestine qui déferlent sur ses côtes, de compter sur la coopération du Maroc.

Le gaz algérien dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne

Cependant, le choix du gouvernement de Pedro Sanchez ne prend pas en considération la conjoncture ; la guerre que mène la Russie en Europe de l'Est. Des observateurs soulignent que l'Espagne est très dépendante du gaz algérien, qui représentait plus de 92 % des importations totales en provenance d’Algérie en 2020, selon les données de l’Institut du commerce extérieur (ICEX).

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Et dans ce contexte de pression sur les hydrocarbures, le Royaume ibérique a pris le risque de manquer d'approvisionnement en gaz. Des partis espagnols font d'ailleurs remarquer que le gouvernement de Sanchez a manqué de vision stratégique en prenant une décision qui fâche Alger dans la conjoncture où l'Espagne a le plus besoin du gaz algérien.