Les absences répétitives et prolongées de Mohammed VI donnent du grain à moudre aussi bien à la presse nationale marocaine qu'étrangère. "Mohammed VI n’est pas chez lui. C’est un roi totalement absent qui partage son temps entre Paris et le Gabon, et qui a pris la décision calculée de se consacrer aux plaisirs de la vie", écrit, entre autres, Maroc Confidentiel.

Le même média, pour illustrer son propos, a repris la déclaration d’un expert de la politique marocaine au journal espagnole El Independiente. "Au Maroc, le roi est absolument tout. Et le monarque n’est pas là. Les partis politiques ne peuvent pas et ne savent pas ce qu’ils doivent faire dans certains domaines car ils sont tous guidés par les instructions du palais royal", explique l’expert sous couvert d’anonymat. Et d’ajouter : "Le Parlement fait ce que le roi dit et en ce moment, les politiciens, les ministres et le Premier ministre sont complètement désemparés. Même les services secrets sont déconcertés. Il a toujours été un roi absent, mais cette fois-ci, il y a une aggravation de l’absentéisme".

Le roi est pourtant tout, explique l’expert. "Commandeur des fidèles, chef de l’armée, président du Conseil des oulémas et, selon les plus fervents croyants, la plus grande fortune du pays", rappelle-t-il. De l’avis de beaucoup, son absence prolongée a aggravé les problèmes du pays. "Aux absences régulières du roi, s’ajoute le vide politique d’un système exécutif, rendant les tensions sociales encore plus aiguës", a déclaré à El Independiente Hicham Mansouri, journaliste marocain en exil en France.

Le Premier ministre de Mohammed VI jouit d’une faible popularité au Maroc

"Mais le problème est avant tout l’absence d’un gouvernement légitime capable d’interagir avec les citoyens. L’affaiblissement de la société civile et la répression des médias et des journalistes privent le Maroc de canaux de contre-pouvoir et de médiation. En conséquence, le palais se retrouve plus que jamais sans tampon face aux exigences et aux attentes croissantes de la population", souligne le même journaliste. Selon lui, ce vide politique, qui découle des élections de l’année dernière où l’achat de voix a été largement utilisé, est symbolisé par la nomination du Premier ministre Aziz Akhanouch.

"Milliardaire et ami du roi, le Premier ministre jouit d’une très faible popularité en raison de son implication dans des scandales financiers liés à des conflits d’intérêts flagrants dans lesquels il est impliqué et aussi en raison de son faible charisme en termes de communication. À chaque crise, il préfère rester dans l’ombre et se cacher derrière le roi au lieu de s’expliquer devant les citoyens", dénonce Hicham Mansouri.