Le phénomène de la harga, qui a pris de l’ampleur ces dernières années dans les pays d'Afrique du Nord, touche toutes les catégories sociales. Dans certains pays la harga devient un projet familial. C’est le cas en Tunisie, où la migration irrégulière vers les côtes du sud de l’Europe se fait désormais en famille.   

Les derniers chiffres sur la migration clandestine en Tunisie sont alarmants. Plus de 13 000 harraga tunisiens sont arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l’année. Cela représente une hausse de 18 % par rapport à l’année 2021. Au total, près de 2 000 mineurs et plus de 600 femmes sont partis cette année depuis les côtes tunisiennes vers le sud de l’Italie.

Parmi ces milliers de harraga se trouvent de nombreuses familles qui tentent l’aventure en mer au risque de leur vie. En effet, alors que la harga était il y a quelques années un « projet » de jeunes à la quête d'un meilleur avenir, voilà que de nos jours toutes les catégories sociales sont tentées par l’aventure. Parfois, la harga se fait en famille. C’est le cas en Tunisie où des familles entières n’hésitent pas à prendre le large pour rejoindre les côtes européennes.

Face à la crise multidimensionnelle qui frappe leur pays, de nombreux Tunisiens ont recourent à la migration. Mais faute de visa, ils tentent l’aventure de la harga et parfois en famille. C’est le cas à Bouhajla, une ville tunisienne au sud de Kairouan, où la pauvreté qui touche 32 % de la population a poussé de nombreuses familles à tenter l’aventure de la harga vers l’Europe et plus précisément le sud de l’Italie.

En Tunisie la harga n'est plus un sujet de jeunes, toutes les familles en parlent

Dans cette petite bourgade, la migration devient un projet familial, rapporte France 24[1]En Tunisie, la migration devient un projet familial, France 24 dans un reportage consacré au phénomène de la harga. Récemment une embarcation a fait naufrage et seule la moitié des passagers a survécu. Sabah a malheureusement perdu son mari qui a participé à cette traversée risquée. Elle a vendu tous les meubles de la chambre à coucher pour financer la traversée clandestine de son mari à 1 600 euros, rapporte la même source.

Hazem, 22 ans, a lui survécu au naufrage. Comme d’autres jeunes, il avait été séduit par l'image de réussite de ces milliers de Tunisiens qui débarquent clandestinement en Italie. « Sur Facebook, on voit des jeunes partir, et au café tout le monde en parle, aussi bien les jeunes que les plus vieux », raconte-t-il à France 24. « Ce n’est plus juste un sujet entre jeunes du quartier, toutes les familles en parlent », ajoute-t-il.

Selon Wael Garnaoui, psychologue et auteur du livre « Harga, le désir de l'Occident », la migration clandestine s’est banalisée dans les familles tunisiennes. « Ils partent en famille, car ils ont de la famille là-bas, ils ont des contacts là-bas, ils ont une communauté », explique le chercheur. « L’acte de traversée est en soi une réussite sociale, parce que c’est l’acte de fuir une situation sociale qui est considérée comme très compliquée et très chaotique », ajoute-t-il.

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