Depuis leur arrivée en France en 2015, les plateformes de livraison ont connu un grand succès. Mais au fil des ans, les rémunérations des livreurs ont considérablement baissé et la majorité d’enter eux ont fini par quitter ce milieu pour laisser leur place à d'autres, qui se trouvent dans des conditions plus précaires. Parmi les nouveaux employés de ces plateformes, on retrouve un grand nombre de sans-papiers.

Cependant, en avril dernier, les principales plateformes de livraison - dont l’américaine Uber Eats et la Britannique Deliveroo - se sont engagées à lutter contre la fraude et l'emploi de travailleurs sans-papiers, notamment via des contrôles d’identité plus poussés. C’est dans ce sens que plus de 2 500 travailleurs sans-papiers ont vu leurs comptes désactivés le 6 septembre dernier par la plateforme Uber Eats et n’ont désormais plus de revenus en France.

Parmi ces travailleurs figurent en majorité des Algériens. En effet, selon une enquête du journal Le Parisien[1]«C’est 100 euros la semaine» : enquête sur le business des comptes Uber Eats et Deliveroo sous-loués à des sans-papiers, Le parisien, publiée ce lundi 3 octobre, les ressortissants algériens arrivent en tête des travailleurs chez les différentes plateformes de livraison à Paris et en petite couronne. Les Algériens représentent 23,6 % devant les Marocains (12,6 %), les Maliens et les Ivoiriens (10,6 %). Les livreurs de nationalité française ne représentent que 8,6 % juste devant les Tunisiens (7,2 %).

En quête d’emploi, une majorité de sans-papiers étrangers, dont des Algériens, ont recourt aux différentes plateformes de livraison avant de se retrouver aujourd’hui livrés à eux même. D’ailleurs, des centaines de livreurs sans-papiers de ces plateformes ont manifesté la semaine dernière dans les rues de Paris pour réclamer la réactivation de leurs  comptes Uber et la régularisation de leur situation.

Des comptes Uber loués à des sans-papiers pour 100 euros la semaine

Pire encore, la majorité de ces travailleurs sans-papiers louent des comptes auprès d’intermédiaires en échange de quelques dizaines d’euros par semaine. C’est ce que révèle la même enquête du Parisien. Certains détenteurs de comptes Uber Eats, Delivroo, Just Eat ou Stuart vont même jusqu’à publier directement leur annonce sur les réseaux sociaux, rapporte le journal. « Compte Uber Eats à louer à la semaine 100 euros », écrit l’un d’eux. « Compte Stuart à louer. Tarif : 35 euros + 25 % du chiffre d’affaires », propose un autre.

Quand le marché est conclu et que le loueur a créé un compte, le livreur, généralement un sans-papiers, peut commencer à travailler grâce au code d’accès que lui fournit le premier et après s’être équipé du matériel nécessaire, explique la même source. Le tout avec le prénom, le nom et la photo d’un autre, précise-t-on. « Ils ne nous donnent jamais leur vraie identité. On ne les rencontre jamais chez eux pour récupérer l’argent », témoigne un livreur sans-papiers.

Un autre livreur sans-papiers affirme que sur les 500 euros qu’il gagne pour une semaine dépassant parfois les 70 heures de travail, 400 euros sont récupérés par le propriétaire du compte. En plus des frais de location, le livreur devait également s’acquitter des 22 % de charges sur le revenu tous les trois mois auprès de l’Urssaf. « Vous voyez, les sans-papiers cotisent aussi », ironise-t-il.