Entre la France et les populations nord-africaines, c'est une histoire dramatique de « je t'aime, moi non plus ! » au quotidien. Le rêve européen que toute une mer éloigne de millions de jeunes s'est transformé en une haine de plus en plus palpable. Et ce qui accentue cette haine, appelée autrement « sentiment anti-français », est le fait que la France ait fortement restreint les visas.

À croire bon nombre de témoignages, le refus des demandes de visa a pris des proportions inexplicables, sinon par des calculs purement politiciens qui devraient être épargnés au citoyen lambda. Mais la réalité est toute autre. Et tout l'acharnement de voyager en France, pour tourisme ou affaires ou même pour une installation définitive, se transforme en une sorte d'amour repoussant. En fait, un refus – ou des refus répétitifs – engendre forcément un sentiment d'humiliation, et l'on connaît un peu la fierté légendaire des populations nord-africaines. D'après Libération, qui en a fait un reportage, les Algériens et les Marocains sont les plus touchés par la nouvelle politique française sur l'immigration. Le média français a lâché le mot : « punition collective »[1]Au Maghreb, la restriction des visas a entraîné « une haine vis-à-vis de la France », Libération. Et c'est bien de cela qu'il s'agit.

Refus de visa : étudiants, médecins, familles séparées… personne n'est épargné

Libération a cité nombre d'exemples qui interpellent. Brillant élève dans un lycée de Casablanca, Karim, qui rêvait de poursuivre ses études supérieures en France, en est un. « Accepté dans une grande école d'ingénieur lyonnaise après avoir obtenu une mention très bien au baccalauréat, le jeune Marocain avait déjà réglé ses frais de scolarité, payé son billet d'avion et même déniché un logement », écrit Libération. Et d'ajouter : « coup de massue à quelques jours de la rentrée : son visa a été refusé par le consulat français. Motif : fonds insuffisants ». « J'avais pourtant mis plus de 80'000 dirhams de côté (environ 7500 euros) et déclaré sur l'honneur que je pouvais financer l'intégralité de ses études. J'ai fait une nouvelle demande avec le double d'argent, sans succès », a déclaré la mère de Karim, qui dénonce un faux motif et une décision arbitraire.

D'autres cas ont été cités. L'on compte même des médecins[2]Invités à exercer en France, un couple de médecins algériens privés de visas, des enseignants, de hauts diplômés… mais la catégorie la plus touchée est, sans doute, les étudiants qui, pourtant, répondent à toutes les exigences : inscriptions, hébergement, des fonds suffisants… Mais l'humiliation ne s'arrête pas à l'échelle des individus, car, au fil du temps, elle prend un caractère plutôt national. Cela envenime les choses et accentue le sentiment anti-français.