En France, l'annonce de la création d'un nouveau titre de séjour pour les sans-papiers exerçant des métiers « sous tension » a été très bien accueillie par les immigrés clandestins. Cependant, cette annonce est loin de répondre aux revendications de ces travailleurs et les organisations qui les soutiennent. 

En effet, dans certaines régions en France, les préoccupations de ces sans-papiers sont autres. À Créteil, par exemple, la préoccupation principale reste d'obtenir un rendez-vous en préfecture. Dans cette ville, les sans-papiers et ceux qui les soutiennent sont arrivés au point de se rassembler devant la préfecture du Val-de-Marne, à Créteil, pour réclamer un meilleur accès aux services de la préfecture, pour dire combien cet accès est difficile. Selon les médias locaux, dans ce département, il est quasi-impossible d'obtenir un rendez-vous pour déposer une première demande de titre de séjour ou un renouvellement.

Le journal Info Migrants rapporte les témoignages de ces sans-papiers. Un jeune Malien du nom de Moussa est arrivé en France en 2014. Il est employé dans le bâtiment. Ce sans-papiers est sceptique quant aux annonces du ministre français de l'Intérieur. Moussa déclare au journal français : « si ça nous permet d'avoir une carte de séjour, tant mieux, mais ce n'est pas sûr que ça nous fasse avancer ». Pour lui, il n'est pas évident qu'avec cette carte de séjour ces immigrés soient payés la même somme que les travailleurs réguliers, pouvoir louer un logement à son nom ou encore pouvoir faire valoir son expérience dans son domaine professionnel.

Un autre sans-papiers qui travaille dans la manutention depuis 2019, pour le même patron, a les mêmes aspirations que Moussa.  C'est un jeune Guinéen de 28 ans qui a déposé un dossier de demande de régularisation en juin, mais il n'a toujours pas eu de réponse. En attendant d'avoir des papiers, il vit dans un foyer de travailleurs avec des amis, dans des conditions « pas faciles », selon lui.

Le titre de séjour métiers en tension pourrait améliorer la situation

Il faut dire que les soucis des sans-papiers sont nombreux. Marilyne Poulain, ancienne référente de la CGT sur les travailleurs migrants, explique que le titre de séjour métiers en tension pourrait améliorer la situation, à condition que celui-ci soit de plein droit. Elle déclare pour le même journal qu' « un titre de séjour de plein droit signifie qu'on n'est pas soumis au pouvoir discrétionnaire du préfet. C'est-à-dire qu'il y a des critères de régularisation établis et que si ces critères ne sont pas appliqués, on peut se retourner en justice contre la préfecture. Alors qu'aujourd'hui, les critères de la circulaire Valls ne sont pas opposables devant un tribunal. La circulaire ne sert qu'à des fins d'orientation. Avec un titre de séjour de plein droit, on va fixer des critères d'obtention, mais si on rentre dedans, on est censé l'obtenir ».

Intérimaires et liste des métiers sous tension

Une autre question reste également posée. Ce sont les intérimaires qui s'interrogent sur leur sort. Ils se demandent si le titre de séjour métiers sous tension sera applicable aux intérimaires. En effet, vu le contexte de l'emploi pour les sans-papiers, la grande majorité de ces travailleurs sont employés en contrats courts via des agences d'intérim.

Par ailleurs, les organisations syndicales et les associations de soutien aux travailleurs sans-papiers s'interrogent sur la liste des métiers en tension. Le ministre du Travail a déjà indiqué qu'une concertation avec les partenaires sociaux se tiendrait courant novembre, pour actualiser la liste de ces métiers début 2023. Ainsi, une mise à jour est nécessaire, car la liste actuelle est déjà ancienne, affirme Marilyne Poulain. « La propreté par exemple n'est pas considérée comme un métier sous tension, pourtant ce sont des postes qui sont occupés par des sans-papiers », précise cette syndicaliste.