Algérie-France : que s'est-il passé le 11 décembre 1960 ?

Images d'archive : guerre d'Algérie

L'histoire de la colonisation française est jonchée d'étapes révolutionnaires qui ont mené à l'indépendance de l'Algérie. En effet, révoltes, manifestations, lutte politique et lutte armée ont marqué les 132 ans d'une colonisation violente. Les Algériens ont utilisé tous les moyens en leur possession pour se libérer du joug colonial.

Ainsi, après plus d'un siècle marqué par des mouvements pour l'indépendance, le 1er novembre 1954 est arrivé. Le FLN, créé à la veille du déclenchement de la guerre de libération, a tracé la voie pour libérer le pays. Pour y arriver, une lutte armée contre la présence française a été déclenchée. Les maquis ont été investis par les moudjahidine et ces maquisards ont porté des coups à l'armée française et réussi à mobiliser les Algériens dans une lutte commune contre l'occupant. Toutefois, le FLN ne s'est pas seulement contenté de cette lutte armée. Des actions diplomatiques, sportives, des grèves et également des manifestations pacifiques ont été organisées pour porter la voix d'un peuple qui refuse le statut d'indigène.

Le 11 décembre 1960 et internationalisation de la question algérienne

Les manifestations du 11 décembre 1960 ont été un moment déterminant pour l'internationalisation de la question algérienne et son examen au sein de l'ONU. Elles ont eu lieu dans plusieurs villes du pays et ont contribué au renforcement des démarches diplomatiques et médiatiques du Gouvernement provisoire à l'époque. En effet, ces manifestations ont eu lieu au moment où la cause de l'Algérie était en débat à l'ONU dans le cadre de sa quinzième session. Cette question, qui était considérée comme intérieure à la France et en dehors des compétences de l'ONU, est devenue une question de décolonisation grâce à ces manifestations populaires. En particulier, celles d'Alger ont été largement diffusées par les médias internationaux présents dans la capitale, ce qui a permis à l'ONU de reconnaître, par la résolution 1573 (XV) du 19 décembre 1960, le droit à l'autodétermination de l'Algérie.

Genèse des manifestations du 11 décembre 1960

Les manifestations ont commencé à Aïn-Temouchent. Le 9 décembre 1960, des manifestants algériens ont rejeté les positions de de Gaulle et de ses opposants parmi les Français d'Algérie, pour n'adhérer qu'à la cause indépendantiste algérienne. Ces événements ont eu un effet boule de neige et toute l'Algérie s'est embrasée. Alger a été le porte-étendard de ces manifestations. Le 10 décembre, dans la soirée, les manifestants sont arrivés dans les quartiers populaires d'Alger.

Ce fut le début d'une répression féroce. Un cadavre sur un trottoir ; un ouvrier algérien tué à bout portant par des pieds noirs qui attendaient les manifestants. Le lendemain, vers 9 heures, des groupes de 50 à 100 personnes, puis jusqu'à 10'000, portant des drapeaux algériens et criant « vive l'Algérie musulmane » se sont formés dans différents quartiers d'Alger, au Clos Salembier, à la Cité Mahieddine et à Belcourt. Ces premières manifestations se sont vite propagées aux autres quartiers dits musulmans d'Alger pour s'étendre aux quartiers européens où des confrontations importantes ont eu lieu, non seulement avec les forces de l'occupant français – police, gendarmerie et armée –, mais aussi avec les Français d'Algérie armés, qui n'hésitaient pas à faire usage de leurs armes contre les manifestants qui, eux, étaient sans armes et souvent des femmes et des adolescents. Les bilans provisoires des forces d'occupation démontrent non seulement une répression féroce et sanguinaire, mais aussi une implication des contre-manifestants français dits de « souche européenne » (selon la terminologie des auteurs des rapports) contre les Algériens. Le 12 décembre, les manifestations gagnent Constantine, Annaba, Sidi-Bel-Abbes, Béjaïa, Chlef, Miliana et tant d'autres. Oran, elle, avait déjà bougé le 10 décembre. Au total, plus de 25 villes connaîtront une insurrection sur près de 3 semaines.

Les manifestations du 11 décembre 1960 furent, sans équivoque, un véritable soulèvement populaire « impensable jusque-là » (selon les forces d'occupation) elles-mêmes, face à un système oppressif finissant, mais toujours féroce, 3 années seulement après la supposée pacification coloniale d'Alger. Sur le plan psychologique également, ces manifestations ont marqué les esprits. Les Algériens ont détruit le mur de la peur, notamment dans la capitale. La cause révolutionnaire fera en sorte que la cause sociale et la conscience des classes populaires dépassent, dans les centres urbanisés en ce début des années 1960, les contingences instaurées par le colonialisme, mais aussi par les structures traditionalistes, hommes et femmes participent aux mêmes manifestations, portés par une même revendication. Les Algériens ont clamé haut et fort leur revendication indépendantiste.

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