Depuis la colonisation de l'Algérie par la France en 1830, les Algériens n'ont cessé de se battre pour leur libération. Cette lutte est passée par plusieurs étapes. En effet, plusieurs révoltes ont eu lieu pendant le XIXe siècle. Des révoltes armées et violentes se sont déclenchées dans plusieurs régions. Des révoltes réprimées dans le sang par une armée française mieux équipée et qui a eu recours à la politique de la terre brûlée.

Cette répression violente, accompagnée de spoliations et de traumatismes, n'a pas mis fin à la volonté d'un peuple de se libérer du joug colonial. En effet, les Algériens se sont organisés en mouvements politiques pour demander leurs droits. En 1926 est née l'« Étoile nord-africaine » en France. Ce mouvement est le premier qui a clairement affiché des idées indépendantistes. En 1937 naquit le Parti du peuple algérien (PPA), également indépendantiste, dans la lignée de l'Étoile nord-africaine. Après la Seconde Guerre mondiale (1946), le parti s'est transformé en Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).

Changement de stratégie des indépendantistes algériens

Cependant, après plusieurs années de lutte, ces partis se sont rendus à l'évidence que le combat politique n'a pas apporté ses fruits. Ces mouvements n'ont pas réussi à faire entendre raison à la France. Au sein du MTLD, de jeunes militants ont décidé de sortir des sentiers battus et de déclencher une guerre armée contre le colonisateur. Ils sont appelés « le groupe des 22 ». Ils se sont réunis et ont décidé d'appeler le peuple algérien à se soulever contre la France. C'est là qu'est né le Front de libération nationale (FLN).

Ces jeunes militants lancent donc un appel au peuple algérien pour libérer le pays et restaurer « l'État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques », ainsi que « le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions ». Ils ont agi au nom de la nouvelle structure politique.

Quelques jours avant le déclenchement de la guerre de libération nationale, c'est-à-dire la fin du mois d'octobre 1954, un « comité des six », en l'occurrence Rabah Bitat, Mustapha Ben Boulaid, Mourad Didouche, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Larbi M'hidi, s'est réuni pour préparer l'insurrection. Les textes de la proclamation du 1e novembre sont imprimés clandestinement dans un village de Kabylie – plus exactement à Ighil Imoula, au domicile des Zaâmoum. C'est le journaliste Mohamed El Aïchaoui qui a écrit la déclaration du 1er sous la dictée de Mohamed Boudiaf et de Mourad Didouche dans le magasin du tailleur et militant du Parti du peuple algérien Aïssa Kechida, dans la casbah d'Alger.

Ainsi, dans la nuit du 31 octobre, à la veille de la fête chrétienne de la Toussaint, des opérations armées ont été lancées par les combattants nommés les moudjahidine par les nationaux et fellagas par les colons. Casernes militaires et de gendarmerie, bâtiments administratifs, bureaux de poste, fermes de colons, immeuble de la radio ou voies ferrées… Tous les symboles de l’occupation coloniale française sont frappés. Commença une guerre qui allait durer 7 ans.

Le groupe des 22

Le groupe des 22 à l'origine de la création du FLN. Il est composé d'anciens de l'Organisation spéciale (OS), qui avait comme rôle de préparer le terrain à une insurrection armée. Ce groupe est composé de Othmane Belouizdad ,Mostefa Ben Boulaïd, Ramdane Benabdelmalek, Benmostefa Benaouda, Lakhdar Bentobal, Rabah Bitat, Zoubir Bouadjadj, Said Bouali, Ahmed Bouchaïb, Mohamed Boudiaf, Boudjemaa Souidani, Abdelhafid Boussouf, Lyès Deriche, Didouche Mourad, Abdessalam Habachi, Abdelkader Lamoudi, Larbi Ben M'Hidi, Mohamed Mechati, Slimane Mellah, Mohamed Merzoughi, Badji Mokhtar et Zighout Youssef.

Déclaration du 1e novembre (texte intégral)

Le Front de libération nationale lance un appel au peuple algérien, le 1er Novembre 1954, le jour où il déclenche la lutte armée en faveur de l'indépendance. Texte intégral :

PEUPLE ALGÉRIEN, MILITANTS DE LA CAUSE NATIONALE,

À vous qui êtes appelés à nous juger (le premier d'une façon générale, les seconds tout particulièrement), notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l'indépendance nationale dans le cadre nord-africain. Notre désir aussi est de vous éviter la confusion que pourraient entretenir l'impérialisme et ses agents administratifs et autres politicailleurs véreux.

Nous considérons avant tout qu'après des décades de lutte, le mouvement nationale a atteint sa phase de réalisation. En effet, le but d'un mouvement révolutionnaire étant de créer toutes les conditions d'une action libératrice, nous estimons que, sous ses aspects internes, le peuple est uni derrière le mot d'ordre d'indépendance et d'action et, sous les aspects extérieurs, le climat de détente est favorable pour le règlement des problèmes mineurs, dont le nôtre, avec surtout l'appui diplomatique de nos frères arabo-musulmans. Les événements du Maroc et de Tunisie sont à ce sujet significatifs et marquent profondément le processus de la lutte de libération de l'Afrique du Nord. A noter dans ce domaine que nous avons depuis fort longtemps été les précurseurs de l'unité dans l'action, malheureusement jamais réalisée entre les trois pays.

Aujourd'hui, les uns et les autres sont engagés résolument dans cette voie, et nous, relégués à l'arrière, nous subissons le sort de ceux qui sont dépassés. C'est ainsi que notre mouvement national, terrassé par des années d'immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l'opinion populaire, dépassé par les événements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l'avant-garde algérienne.

L'HEURE EST GRAVE !

Devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d'elle la majorités des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l'impasse où l'ont acculé les luttes de personnes et d'influence, pour le lancer aux côtés des frères marocains et tunisiens dans la véritable lutte révolutionnaire.

Nous tenons à cet effet à préciser que nous sommes indépendants des deux clans qui se disputent le pouvoir. Plaçant l'intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et prestige, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s'est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique.

Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l'étiquette de FRONT DE LIBÉRATION NATIONALE, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens, de s'intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération.

Pour préciser, nous retraçons ci-après, les grandes lignes de notre programme politique :

BUT :

L'indépendance nationale par :

1) La restauration de l'État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.

2) Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.

OBJECTIFS INTÉRIEURS :

1) Assainissement politique par la remise du mouvement national révolutionnaire dans sa véritable voie et par l'anéantissement de tous les vestiges de corruption et de réformisme, cause de notre régression actuelle.

2) Rassemblement et organisation de toutes les énergies saines du peuple algérien pour la liquidation du système colonial.

OBJECTIFS EXTÉRIEURS :

- Internationalisation du problème algérien.

- Réalisation de l'Unité nord-africaine dans le cadre naturel arabo-musulman.

- Dans le cadre de la charte des Nations unies, affirmation de notre sympathie à l'égard de toutes nations qui appuieraient notre action libératrice.

MOYENS DE LUTTE :

Conformément aux principes révolutionnaires et comptes tenu des situations intérieure et extérieure, la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu'à la réalisation de notre but.

Pour parvenir à ces fins, le Front de libération nationale aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément : une action intérieure tant sur le plan politique que sur le plan de l'action propre, et une action extérieure en vue de faire du problème algérien une réalité pour le monde entier avec l'appui de tous nos alliés naturels.

C'est là une tâche écrasante qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et toutes les ressources nationales. Il est vrai, la lutte sera longue mais l'issue est certaine.

En dernier lieu, afin d'éviter les fausses interprétations et les faux-fuyants, pour prouver notre désir de paix, limiter les pertes en vies humains et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussion aux autorités françaises si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent une fois pour toutes aux peuples qu'elles subjuguent le droit de disposer d'eux-mêmes.

1) La reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l'Algérie une terre française en déni de l'histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des moeurs du peuple algérien.

2) l'ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible.

3) La création d'un climat de confiance par la libération de tous les détenus politiques, la levée de toutes les mesures d'exception et l'arrêt de toute poursuite contre les forces combattantes.

EN CONTREPARTIE :

1) Les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles.

2) Tous les français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur ou opteront pour la nationalité algérienne et, dans ce cas, seront considérés comme tels en droits et en devoirs.

3) Les liens entre la France et l'Algérie seront définis et feront l'objet d'un accord entre les deux puissances sur la base de l'égalité et du respect de chacun.

Algérien ! nous t'invitons à méditer notre charte ci-dessus. Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté ; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne.

Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie.

1er Novembre 1954.
Le Secrétariat national.