Réputée pour être sanglante et injuste, la guerre d'Algérie a encore des secrets à livrer. Terreurs, tortures, terrorisme… ce fut, tout simplement, l'abominable dans toute sa laideur. Les coupables ? L'Élysée en livre une « infime » partie à l'opprobre public.

Le président français Emmanuel Macron a rendu, aujourd'hui 18 octobre 2022, un hommage particulier aux anciens combattants de la guerre de l'Algérie. En effet, tout en rappelant que « l'immense majorité » d'entre eux a refusé de violer « les principes de la République française », le locataire de l'Élysée a accusé une « minorité » d'avoir « répandu la terreur ». « Nous reconnaissons avec lucidité que dans cette guerre, il en est qui, mandatés par le gouvernement pour la gagner à tout prix, se sont placés hors la République. Cette minorité de combattants a répandu la terreur, perpétrée la torture, envers et contre toutes les valeurs d'une République fondée sur la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen », écrit la présidence dans un communiqué, affirmant qu'une « une poignée d'entre eux se livra même, dans la clandestinité, au terrorisme ».

« Reconnaître cette vérité ne doit jamais nous faire oublier que l'immense majorité de nos officiers et de nos soldats refusa de violer les principes de la République française », a ajouté l'Élysée[1]Hommage aux combattants de la guerre d’Algérie du 18 octobre 2022 aux Invalides, Communiqué, Élysée, qui explique que « ces dérives criminelles, ils n'y ont pas souscrit, ne s'y sont pas soumis, et s'y sont même soustraits ».

Anciens combattants de la guerre d'Algérie : les non-dits d'un hommage

« Au total, rappelle la présidence française, quelque 1,42 million de Français ont participé à cette guerre […] dont un million d'appelés et 300'000 supplétifs. 23'196 soldats y ont été tués, dont plus de 15'000 dans les combats et les attentats, tandis que quelque 60'000 ont été blessés ». « Durant des décennies d'embarras et de silence […] ces hommes et ces femmes ont porté seuls le poids de notre mauvaise conscience face à cette guerre », ajoute la même source.

Cet hommage rendu aux anciens combattants à l'occasion de l'anniversaire de la loi de 1999 reconnaissant officiellement la guerre d'Algérie renferme quelques non-dits. D'abord le timing : l'hommage vient au lendemain de l'anniversaire de la sinistrement célèbre journée du 17 octobre 1961, qui constitue une terrible date gravée dans la mémoire collective des Algériens. C'est, à ne pas douter, une manière de jouer à « qui a subi la blessure la plus profonde ». Aussi, l'accusation adressée à cette « minorité » paraît comme une tentative de faire endosser la responsabilité de la terreur perpétrée durant la guerre d'Algérie aux anciens combattants.

C'est dire que la construction, tant voulue, d'une mémoire apaisée et commune sur la colonisation de l'Algérie et la guerre d'Algérie ne sera pas de la facilité annoncée lors de la redynamisation des relations entre les deux pays.