La Hongrie, membre de l’espace Schengen, envisage de modifier sa constitution afin de permettre l’expulsion de citoyens binationaux, si ces derniers sont considérés comme une menace pour la souveraineté nationale. Cette initiative, portée par le parti au pouvoir Fidesz, s’inscrit dans une série de mesures visant à renforcer le contrôle du pays sur les questions de sécurité et de nationalité.
Le chef du groupe parlementaire Fidesz, Máté Kocsis, a annoncé ces changements à venir dans une publication sur les réseaux sociaux. Selon lui, la nouvelle législation hongroise s’inspirera de certains aspects du modèle américain et introduira des dispositions strictes concernant les binationaux jugés dangereux pour l’ordre public, la sécurité ou l’intégrité territoriale du pays.
Le projet de réforme prévoit qu’un citoyen hongrois possédant une seconde nationalité puisse être expulsé du territoire hongrois sous certaines conditions définies par la loi, rapporte ce mardi 11 mars le site spécialisé Schengen News. Cette proposition, qui devrait être examinée dans les prochains mois, marque un tournant juridique majeur en Hongrie.
Máté Kocsis a prévenu que les nouvelles mesures législatives seraient particulièrement strictes. Il a qualifié la réforme de « brutale, surprenante et douloureuse », incitant la population à s’y préparer. Ses déclarations ont suscité de nombreuses réactions, avec plus de 4 500 interactions et 1 500 commentaires, parmi lesquels des critiques d’opposants politiques.
La Hongrie durcit sa politique sur les étrangers
Parmi les figures ayant réagi, Péter Márki-Zay, ancien candidat de l’opposition au poste de Premier ministre, a exprimé son scepticisme quant aux motivations du gouvernement. Il a notamment remis en question les véritables cibles de cette loi, laissant entendre qu’elle pourrait être utilisée à des fins politiques.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte de durcissement législatif en Hongrie. En septembre 2024, le gouvernement a déjà introduit des restrictions sur l’emploi des travailleurs étrangers, imposant aux entreprises de prouver l’absence de travailleurs locaux disponibles avant d’embaucher des employés venus de l’étranger.
De plus, les travailleurs ayant déjà été sanctionnés pour infractions au code du travail se verront refuser toute nouvelle demande d’emploi en Hongrie. Une autre mesure impose aux travailleurs étrangers un délai de six jours seulement pour quitter le territoire en cas de perte de leur emploi.
Un projet qui suscite des interrogations
Si le gouvernement hongrois justifie cette réforme par la nécessité de renforcer la sécurité nationale, la mesure soulève plusieurs questions sur son application et ses conséquences juridiques. L’expulsion d’un citoyen hongrois, même binational, pourrait entrer en conflit avec certains principes fondamentaux du droit européen.
La Hongrie, qui a déjà fait l’objet de tensions avec l’Union européenne en raison de ses réformes judiciaires et migratoires, pourrait voir ce projet de loi attirer l’attention de Bruxelles. Reste à voir comment cette initiative sera mise en œuvre et quelles seront les réactions des institutions européennes et des pays voisins.