Taxes Trump : faut-il s'attendre à une hausse des prix en Algérie ?

À partir du 9 avril 2025, l’Algérie est confrontée à une augmentation significative des droits de douane américains sur ses exportations, qui passent de 18,9 % à 30 %. Cette décision s’inscrit dans un contexte mondial de politique protectionniste accrue, où les États-Unis cherchent à réajuster les tarifs douaniers en fonction des pratiques commerciales des autres pays.

Bien que l'impact immédiat sur les prix en Algérie semble limité, cette nouvelle donne pourrait entraîner des conséquences indirectes plus lourdes pour l’économie nationale.

L’Algérie et ses échanges avec les États-Unis

Les échanges commerciaux entre l’Algérie et les États-Unis ont connu une croissance notable ces dernières années. En 2022 et 2023, selon l'ambassadeur américaine Elisabeth Moore Aubin, ces échanges ont atteint 4,2 milliards de dollars, contre 2,6 milliards de dollars en 2021. En 2024, les prévisions de l'Office national des statistiques font état de 3,5 milliards de dollars, avec un excédent commercial en faveur de l'Algérie de 2,5 milliards de dollars d'exportations contre 1 milliard de dollars d'importations.

Économie L’Algérie envisage de poursuivre le Maroc devant la justice internationale

L’Algérie exporte principalement des produits pétroliers raffinés et bruts, ainsi que des engrais et du fer forgé. Elle importe, quant à elle, une soixantaine de produits, dont des fèves de soja, du froment de blé et des équipements industriels. Si les prix des importations ne devraient pas subir de changements significatifs, cette hausse des droits de douane pourrait entraîner une perte sur les rentrées en devises dues aux ventes de produits algériens sur le marché américain.

Les effets collatéraux pour l’économie algérienne

Bien que les exportations vers les États-Unis ne représentent que 5,9 % du volume total des exportations algériennes, selon l’économiste Farouk Nemouchi, les effets indirects de cette augmentation des droits de douane risquent de se faire sentir. D’abord, la récession économique mondiale pourrait entraîner une baisse du prix des hydrocarbures, réduisant ainsi les recettes en devises de l’Algérie. Cela mettrait à mal les finances publiques et augmenterait la pression sur les prix domestiques, notamment pour les biens importés.

Ensuite, la guerre commerciale entre les grandes puissances économiques pourrait provoquer une série de ripostes et contre-ripostes, entraînant une hausse générale des prix mondiaux, y compris pour les produits que l’Algérie importe. Enfin, l’une des conséquences les plus significatives de cette politique commerciale est la remise en cause des chaînes de valeur mondiales (CVM). Ces chaînes, qui désignent la fragmentation internationale des processus de production, pourraient être perturbées, affectant ainsi la compétitivité de l’Algérie sur certains marchés.

Vers une révision des accords commerciaux

Une autre conséquence de ces hausses tarifaires pourrait être une guerre des monnaies. De nombreux pays pourraient recourir à des politiques de dévaluation compétitive pour compenser la perte de parts de marché induite par les nouvelles taxes douanières. Cela pourrait entraîner des fluctuations importantes dans les devises mondiales, influençant directement l’Algérie, qui dépend fortement des fluctuations du marché des hydrocarbures pour ses recettes en devises.

Économie L'Algérie pourrait associer la Russie à son Gazoduc transsaharien

Face à ces nouveaux défis, l’Algérie pourrait être amenée à réviser certains de ses accords commerciaux, notamment avec l’Union européenne, afin de sécuriser des conditions plus favorables pour ses exportations. La renégociation de ces accords pourrait permettre au pays de limiter les effets de cette nouvelle politique protectionniste et d’assurer une stabilité économique à long terme.

Bien que la hausse des droits de douane américains affecte principalement les exportations algériennes vers les États-Unis, ses effets collatéraux pourraient entraîner une hausse des prix et un ralentissement économique. L’Algérie devra s’adapter à cette nouvelle réalité économique en diversifiant ses marchés d'exportation et en révisant ses accords commerciaux pour protéger son économie face à cette période d'incertitude.


Vous aimez cet article ? Partagez !