Des passeports algériens délivrés illégalement sans preuve de nationalité, la justice enquête

Une vaste affaire de falsification de documents officiels secoue actuellement l’administration algérienne. Le tribunal de Dar El Beïda, à Alger, a ouvert, mercredi 23 avril 2025, le procès de vingt personnes, dont douze en détention provisoire, accusées d’avoir participé à un réseau de délivrance illégale de passeports et cartes d’identité biométriques algériens à des ressortissants syriens.

Selon le journal Ennahar, l’enquête a été déclenchée à la suite d’une plainte déposée en février 2024 par le chef du service des documents biométriques de la commune de Djelfa. Ce dernier a découvert que des documents d’identité avaient été émis en l’absence de certificats de nationalité, pourtant requis pour toute demande de passeport ou carte d’identité. Les bénéficiaires étaient principalement des enfants syriens, résidant dans la région de Birtouta, à l’ouest d’Alger, dont les parents sont en situation irrégulière ou disposent d’un simple statut de tolérance.

Les investigations ont révélé que 13 mineurs syriens ont obtenu 12 cartes d’identité nationales et des passeports algériens en présentant des dossiers falsifiés. Les documents, préparés par des agents de l’état civil de Djelfa, ne comportaient que des actes de naissance, des photographies et, dans certains cas, des documents fiscaux ou médicaux. Aucun d’eux ne contenait de preuve de nationalité algérienne.

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Des méthodes de falsification sophistiquées

L’affaire a pris une ampleur plus grave lorsque les autorités ont découvert que certaines empreintes digitales figurant sur les formulaires appartenaient à des agents municipaux, et non aux parents des enfants. L’un des fonctionnaires mis en cause a apposé sa propre empreinte à la place de celle du tuteur légal. Dans un autre cas, une mention manuscrite signalant une nationalité supposée a été ajoutée en rouge sur un formulaire, afin de tromper les contrôles de validation.

Il apparaît également que des identifiants informatiques de collègues ont été usurpés pour introduire frauduleusement les données des enfants dans la base de données nationale. Les agents accusés ont ainsi pu contourner les mécanismes de vérification internes et faire émettre les documents comme s’ils répondaient aux critères légaux.

Le ministère de l’Intérieur, alerté dès les premières révélations, s’est constitué partie civile dans ce dossier, soulignant la gravité des faits et l’atteinte portée à la sécurité administrative de l’État. Les accusations portent notamment sur la falsification de données dans un système informatique, l’abus de fonction et la formation d’une association de malfaiteurs. Le procureur a requis des peines allant de deux à sept ans de prison ferme contre les principaux prévenus.


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