Taux de change : l’euro s’envole à plus de 260 dinars algériens

L’euro a franchi un nouveau seuil sur le marché parallèle en Algérie, atteignant 260,5 dinars à la vente au Square Port Saïd à Alger. Ce niveau, observé en pleine période estivale, traduit la persistance d’un déséquilibre entre l’offre et la demande de devises étrangères, malgré l’entrée en vigueur de la nouvelle allocation touristique.

Les écarts avec les cotations officielles restent importants, illustrant la dualité structurelle du marché de change en Algérie. En effet, le mois d’août enregistre traditionnellement une hausse de la demande en devises, notamment de la part des voyageurs, des membres de la diaspora et des familles préparant la rentrée scolaire à l’étranger. Dans ce contexte, l’euro s’est apprécié sur le marché noir pour s’établir à 257 dinars à l’achat et 260,5 dinars à la vente, ce mercredi 6 août. En nette hausse par rapport aux derniers jours.

La pression sur la monnaie nationale s’explique par la faiblesse de l’offre en devises disponibles dans les circuits officiels. Les acteurs du marché informel répondent à cette demande non couverte, ce qui alimente la spéculation et renforce la tendance haussière de l’euro.

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Décrochage entre taux officiel et marché parallèle

Selon les données de la Banque d’Algérie publiées le 6 août, l’euro s’échange à 150,68 dinars à l’achat et 150,73 dinars à la vente sur le marché interbancaire. L’écart dépasse désormais 100 dinars par rapport au marché parallèle. Ce phénomène touche également le dollar américain, coté à 130,15 dinars officiellement, contre environ 225 dinars à la vente dans les échanges informels.

La coexistence de deux systèmes de change crée une distorsion majeure dans l’accès aux devises, rendant difficile toute tentative de stabilisation du dinar à moyen terme.

Une allocation touristique sans effet correctif durable

L’allocation touristique mise en place fin juillet, fixée à 750 euros par an et par voyageur, visait à canaliser une partie de la demande vers les canaux officiels. Bien que son lancement ait provoqué une brève baisse de l’euro sur le marché parallèle (jusqu’à 256 dinars le 21 juillet), celle-ci n’a duré qu’une journée. Dès le 22 juillet, la monnaie européenne repartait à la hausse, pour retrouver son niveau antérieur.

Cette réaction confirme que l’allocation n’a pas permis d’absorber le volume de demande en devises. Les plafonds restent jugés insuffisants par les usagers, tandis que les procédures d’accès à ces fonds sont perçues comme trop restrictives.

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Le dinar soumis à une forte pression

La situation actuelle reflète les limites du modèle de change administré. Le dinar reste structurellement sous-évalué face aux principales devises, en raison de facteurs économiques internes : faible diversification des exportations, déficit de la balance des paiements hors hydrocarbures, et inflation importée. L’euro, à l’inverse, reste perçu comme une valeur refuge.

La persistance d’un marché parallèle actif constitue une réponse directe à l’absence d’un marché officiel suffisamment libéralisé et accessible. En l’absence de réformes structurelles, les écarts entre les deux taux risquent de se maintenir, voire de s’aggraver.

Vers une régulation prochaine ?

Alors que l’été touche à sa seconde moitié, les perspectives de stabilisation restent limitées. Même si la demande en devises pourrait se modérer en septembre, l’offre insuffisante risque de maintenir l’euro à des niveaux élevés. La résorption du marché parallèle nécessiterait une refonte complète du système de change, incluant la révision du régime de convertibilité du dinar, l’élargissement des allocations officielles et l’ouverture encadrée du marché interbancaire.

En l’état actuel, le système dual persiste, au détriment de la transparence et de l’efficacité économique. Le taux de change de l’euro restera un indicateur sensible de cette tension non résolue entre politique monétaire et réalité du marché.

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