France : faute de places, des musulmans ne peuvent plus enterrer leurs morts

Des familles musulmanes établies en France se heurtent à une difficulté croissante pour inhumer leurs défunts dans des délais raisonnables. Le manque de places disponibles dans les cimetières entraîne des retards pouvant atteindre plusieurs semaines. Un cas récent à Tours illustre l'ampleur de ce problème, qualifié de national par plusieurs observateurs.

Le cas de Yasmine, habitante de Tours, illustre les difficultés rencontrées par les familles musulmanes. Son père est décédé le 18 décembre 2025. La jeune femme souhaitait le faire enterrer selon les rites musulmans, c'est-à-dire le plus rapidement possible, dans un carré confessionnel et orienté vers La Mecque, une pratique autorisée par la loi française.

Aucune place n'étant disponible à Tours, la municipalité lui a proposé une fosse orientée. Yasmine a refusé cette solution. « On nous a proposé une solution dans une fosse orientée, mais ce n'était pas concevable, on a refusé », a-t-elle témoigné auprès de Mediapart. Après deux semaines de démarches administratives entre plusieurs mairies, elle a obtenu l'autorisation de faire enterrer son père à Vernouillet, commune où résidait une partie de sa famille. L'inhumation a eu lieu le 16 janvier 2026, soit vingt-neuf jours après le décès. Le corps est resté en chambre froide pendant toute cette période.

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« Pendant un mois, nous n'avons pas pu faire notre deuil »

Le délai imposé a eu des conséquences sur la famille. « Pendant un mois, nous n'avons pas pu faire notre deuil. Aujourd'hui, je dois faire trois heures de route pour aller me recueillir sur la tombe de mon père. C'est une honte », a déclaré Yasmine au média d'investigation. La jeune femme s'est mise en arrêt maladie pour gérer le choc et les formalités administratives. Elle n'a repris le travail qu'au début du mois d'avril 2026.

Cette attente n'est pas un cas isolé. Abdelkader Boucetta, directeur des pompes funèbres musulmanes El Yousra et membre du collectif Dignité funéraire 37, a indiqué à Mediapart qu'en « moyenne, aujourd'hui, les familles attendent quatorze jours » avant de pouvoir procéder à l'inhumation.

Un problème national aggravé depuis la crise du Covid

Le collectif Dignité funéraire 37, qui réunit des associations locales, des mosquées et des professionnels du secteur funéraire, alerte les pouvoirs publics depuis 2019 sur cette pénurie de places. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a également saisi l'État dès 2020 pour signaler le manque de carrés confessionnels disponibles.

La crise du Covid a accentué cette tension. Nada Afiouni, maîtresse de conférences spécialisée dans la question des rites funéraires, explique que la pandémie « a été un catalyseur énorme de ce changement, avec la fermeture des frontières, les familles n'ont pas pu rapatrier les corps de leurs défunts dans leur pays d'origine ». La demande de sépultures en France a donc augmenté.

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Des habitudes funéraires en pleine évolution

Au-delà de la crise sanitaire, les pratiques des familles musulmanes évoluent. Abdelkader Boucetta, des pompes funèbres El Yousra, observe un changement générationnel. « Nos grands-parents, nos parents se faisaient enterrer dans leur pays d'origine. Mais les enfants, ceux qui sont nés et ont grandi ici, préfèrent reposer en France », souligne-t-il.

Cette évolution entraîne une pression supplémentaire sur les cimetières français, dont les carrés confessionnels peinent à absorber cette demande croissante. La situation reste tendue dans plusieurs villes, obligeant les familles à chercher des solutions dans des communes éloignées de leur domicile.


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