Relations France - Algérie : Saïd Chengriha envoie un message fort à Paris

Les relations France - Algérie ont connu un nouvel épisode diplomatique ce samedi 9 mai, à l’occasion de la visite officielle en Algérie d’Alice Rufo, ministre déléguée française auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants. Reçue par le général d’armée Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), la responsable française a participé à une séquence hautement symbolique autour de la mémoire des massacres du 8 mai 1945.

Dans une déclaration au ton mesuré mais politiquement chargé, Saïd Chengriha a évoqué la nécessité pour Alger et Paris de dépasser les séquelles de ce douloureux passé colonial, tout en rappelant que cette mémoire ne pouvait être effacée. "Il incombe aux deux pays d’œuvrer conjointement pour dépasser les séquelles du passé colonial tragique, sans pour autant l’oublier, et aspirer à un avenir fondé sur le respect mutuel", a-t-il déclaré. Une prise de parole qui intervient dans un contexte de début de dégel diplomatique entre les deux pays.

Les relations entre la France et l'Algérie restent marquées par plusieurs mois de tensions autour des questions mémorielles, migratoires et politiques. Mais ces dernières semaines, plusieurs signaux ont laissé entrevoir une volonté mutuelle d’apaisement entre Alger et Paris.

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Relations France - Algérie, une visite française hautement symbolique

Selon le communiqué du ministère algérien de la Défense nationale, Saïd Chengriha a reçu Alice Rufo à Alger en présence de hauts responsables militaires algériens et d’une importante délégation française. Les discussions ont porté sur "les moyens de développer et de renforcer la coordination sur les questions d’intérêt commun", mais aussi sur "l’état de la coopération militaire bilatérale entre les armées des deux pays". Les deux parties ont également échangé autour des défis sécuritaires internationaux et régionaux.

Mais c’est surtout le contexte de cette visite qui a retenu l’attention. Alice Rufo s’est rendue en Algérie alors que le pays commémore le 80e anniversaire des massacres du 8 mai 1945, considérés comme l’un des événements fondateurs de la mémoire nationale algérienne.

Dans son allocution, Saïd Chengriha a directement fait référence à cette date historique, qui est "tournant décisif dans l’histoire éternelle de l’Algérie". Le chef d’état-major de l’ANP a également rappelé que le peuple algérien ayant "participé et consenti des sacrifices durant la Deuxième Guerre mondiale, était en plein droit de revendiquer un État indépendant, souverain dans ses décisions et prospère par ses richesses".

Le message de Chengriha dans un contexte de dégel diplomatique

La déclaration la plus commentée reste celle concernant l’avenir des relations France - Algérie. Devant la ministre française, Saïd Chengriha a affirmé que les deux pays devaient « travailler ensemble pour dépasser les séquelles de ce douloureux passé colonial, sans l’oublier ». Cette formule intervient dans un climat diplomatique moins tendu qu’au cours des derniers mois. Après une longue période de crispation entre Alger et Paris, plusieurs gestes d’apaisement ont récemment été observés.

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Parmi eux figure le retour de Stéphane Romatet à son poste d’ambassadeur de France à Alger. Son retour dans la capitale algérienne est perçu comme un signal important envoyé par Paris dans le cadre d’une tentative de relance du dialogue bilatéral.

Ce retour intervient après plusieurs mois de refroidissement diplomatique marqué par des désaccords sur les questions migratoires, mais aussi sur les sujets mémoriels et plusieurs déclarations politiques françaises ayant provoqué la colère d’Alger. La présence d’une ministre française lors des commémorations du 8 mai 1945 s’inscrit également dans cette logique d’apaisement progressive. Paris semble chercher à renouer un dialogue plus stable avec les autorités algériennes, alors que les deux pays restent liés par des intérêts économiques, humains et sécuritaires majeurs.

Pourquoi les massacres du 8 mai 1945 restent un sujet central

En Algérie, les massacres du 8 mai 1945 occupent une place essentielle dans la mémoire nationale. Alors que la France célébrait la victoire contre l’Allemagne nazie, des manifestations indépendantistes organisées à Sétif, Guelma et Kherrata avaient été violemment réprimées par l’administration coloniale française. Les estimations algériennes évoquent plus de 45 000 morts. Ces événements sont souvent considérés comme le véritable point de bascule ayant conduit au déclenchement de la guerre d’indépendance neuf ans plus tard.

La présence d’Alice Rufo aux cérémonies commémoratives a donc été interprétée comme un geste politique particulièrement symbolique. D’autant plus que le président Abdelmadjid Tebboune l’a également reçue au cours de sa visite officielle en Algérie.

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Une relation encore fragile entre Alger et Paris

Malgré ces signes d’apaisement, les relations France - Algérie restent fragiles. L'extrême droit française fait des attaques contre l'Algérie son sujet électoral favori. Les questions mémorielles demeurent également un sujet hautement sensible. Chaque déclaration officielle autour de la colonisation ou de la guerre d’Algérie provoque d’importants débats politiques et médiatiques.

Dans ce contexte, les propos de Saïd Chengriha apparaissent comme une tentative d’équilibre entre fermeté mémorielle et ouverture diplomatique. Le chef d’état-major de l’ANP n’a pas adopté un ton de confrontation directe avec Paris, mais il a clairement rappelé que le passé colonial reste un élément structurant des relations France - Algérie.


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