Des sans-papiers Algériens figurent parmi les victimes de marchands de sommeil jugé à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Le procès reveulent des conditions de logement décrites comme indignes, dans un département déjà fortement touché par l’habitat dégradé.
Le tribunal de Bobigny examine une affaire sensible autour de logements loués à des personnes vulnérables, dont plusieurs familles étrangères. Selon les éléments rapportés par Le Parisien, le dossier compte plus de 120 parties civiles majeures et 80 mineures, soit environ 200 victimes présumées. Parmi elles, deux ressortissants algériens, en situation irrégulière au moment des faits, ont livré à l’audience le récit de conditions de vie extrêmement dures.
Sans-papiers Algériens à Bobigny : un procès qui expose le mal-logement
L’affaire jugée à Bobigny ne concerne pas seulement des loyers abusifs ou des logements dégradés. Elle touche à une réalité plus profonde : celle de locataires en situation de grande vulnérabilité, parfois sans titre de séjour, contraints d’accepter des logements que beaucoup refuseraient s’ils avaient une autre solution.
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Dans ce dossier, la propriétaire de six sociétés civiles immobilières, son conjoint, son beau-père et leur assistante comparaissent pour soumission de personnes à des conditions d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine, en connaissance de leur vulnérabilité ou de leur état de dépendance.
Le nombre de parties civiles donne la mesure du dossier. Me Soria Latreche, avocate des parties civiles, indique qu’il y a « plus de 120 parties civiles majeures et 80 parties civiles mineures » dans cette affaire. Cette présence massive de victimes présumées transforme l’audience en procès emblématique de l’habitat indigne en région parisienne.
“Six mois sans électricité” : le témoignage d’un père algérien
Parmi les témoignages les plus marquants figure celui de Yacine, ressortissant algérien, entendu à la barre. Selon Le Parisien, il a déclaré : « J’ai vécu six mois sans électricité ». Il occupait avec son épouse et leurs cinq enfants, âgés de 3 à 14 ans, un appartement d’environ 20 m² à Bondy, rue Henri-Douillot. Le logement était partiellement enfoui dans le sol et ne comportait aucune véritable pièce de vie.
Le rappel des faits à l’audience décrit un environnement particulièrement dégradé : cafards, rats, champignons, remontées d’excréments par les canalisations. Le taux d’humidité aurait atteint 100 %, selon les éléments évoqués au tribunal. Yacine a également fait état de conséquences durables pour sa famille : eczéma sévère et suivi psychologique pour ses fils et aggravation de ses problèmes de dos.
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Un autre ressortissant algérien, Aghiles, locataire dans la même rue, a parlé de conditions de vie « inhumaines ». Ces récits donnent un visage concret à une affaire souvent résumée par des qualifications judiciaires. Derrière les mots “logement indigne”, il y a des familles qui dorment dans l’humidité, des enfants exposés aux nuisibles et des parents qui continuent à payer pour ne pas se retrouver dehors. (
Marchands de sommeil en France : pourquoi les sans-papiers sont particulièrement vulnérables
Les sans-papiers Algériens et, plus largement, les étrangers en situation irrégulière, sont souvent plus exposés aux abus dans le logement. L’absence de titre de séjour complique l’accès au parc locatif classique, aux garanties demandées par les bailleurs et à certaines démarches administratives. Cette fragilité crée un terrain favorable aux propriétaires indélicats.
Les marchands de sommeil exploitent généralement une même mécanique : louer très cher des biens dégradés à des personnes qui n’ont pas le choix. Les locataires hésitent à dénoncer leur situation par peur d’être expulsés, de perdre leur logement ou d’attirer l’attention sur leur situation administrative.
C’est ce rapport de dépendance qui se retrouve au cœur du dossier de Bobigny. Le tribunal devra déterminer si les prévenus ont sciemment profité de la vulnérabilité des locataires. Pour les victimes présumées, l’enjeu dépasse la simple réparation financière. Il s’agit aussi de faire reconnaître publiquement des années de vie dans des conditions jugées incompatibles avec la dignité humaine.
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