Une vidéo qui inonde, depuis jeudi, les réseaux sociaux en Algérie montre l’ancien dirigeant du FIS dissout Ali Belhadj et plusieurs de ses partisans mettre le feu publiquement au drapeau français, dans l’un des quartiers d’Alger. Ce geste est présenté comme une réponse à la diffusion, par la chaîne publique française France 5, d’un documentaire jugé « provocateur et choquant » sur le Hirak. La vidéo a suscité une pluie de réactions de la part des internautes algériens. En réalité, la scène n’a rien à voir avec la polémique qui a suivi la diffusion du long métrage controversé « Algérie, mon amour ». 

Le film-documentaire « Algérie, mon amour », diffusé dans la soirée de mardi 26 mai, n'en finit pas d'alimenter la polémique en Algérie. Sur les réseaux sociaux, tout le monde en parle. Les internautes y vont, chacun, de sa propre analyse. Par ailleurs, certains courants idéologiques ne ratent pas l’occasion pour verser dans la manipulation et dans l’intox.

En effet, plusieurs pages et groupes de discussion sur Facebook rediffusent et partagent une vidéo hostile à la France, tournée en janvier 2015, dans les rues de Kouba, à Alger. On y voit l’ancien leader du Front Islamique du Salut, Ali Benhadj, et une dizaine de ses adeptes se lancer dans une scène de propagande extrémiste. Le groupe d’islamistes a organisé cette cérémonie sous les cris d’«Allah akbar», «Mort à la France» et «La France, ennemie de l’islam et des musulmans».

La tentation manipulatrice

Les personnes qui ont relayé cette vidéo recyclée appellent les internautes algériens à donner leur avis sur la symbolique de cette action et de partager son contenu sur la toile. Ils font croire que la scène s’est déroulée jeudi 28 mai, dans le sillage de la vague d’indignation qu’a suscitée la diffusion du film documentaire de France 5. Certains médias algériens se sont même empressés de rapporter l’information sans vérifier sa véracité.

En réalité, les faits remontent au vendredi 16 janvier 2015, dans le quartier Appreval, à Kouba, dans la banlieue d’Alger. La scène s’est déroulée lors d’une manifestation de protestation contre la Une de « Charlie Hebdo » caricaturant le prophète Mohamed. Rappelons que la caricature du journal satirique français avait provoqué, à l’époque, une vague d’indignation sans pareille dans plusieurs pays musulmans.

Cela dit, la diffusion du documentaire sur le Hirak, vécue comme un scandale en Algérie, a le mérite de remettre sur la table la nature des relations passionnelles entre les deux pays. Les réactions, parfois hystériques, de nombreux Algériens, renseignent sur la forte sensibilité envers l’ancienne puissance coloniale.

Le documentaire fait réagir les autorités officielles des deux Etats

L’immense polémique provoquée par le film documentaire de Mustapha Kessous a fait réagir jusqu’au sommet des deux Etats. Le ministère algérien des Affaires étrangères a décidé de rappeler l’ambassadeur d’Algérie en France "pour consultations".

Les autorités algériennes ont dénoncé, dans un communiqué, « le caractère récurrent de programmes diffusés par des chaînes de télévision publiques françaises, dont les derniers en date sur France 5 et la Chaîne Parlementaire, le 26 mai 2020, en apparence spontanés et sous le prétexte de la liberté d’expression, sont en fait des attaques contre le peuple Algérien et ses institutions, dont l’ANP et sa composante, la digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN) ».

De son côté, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnès von der Mühll, a répondu au geste diplomatique algérien, en précisant que « l’ensemble des médias jouissent d’une complète indépendance qui est protégée par la loi en France ».

Par ailleurs, la responsable de la communication de la diplomatie française indique que « dans le cadre des relations profondes et anciennes qui existent entre nos deux pays, et auxquelles nous attachons la plus grande importance, la France respecte pleinement la souveraineté de l’Algérie ».