Législatives du 12 juin : A moins d'une semaine de la tenue des élections législatives du 12 juin, il est très difficile de croire que la campagne électorale touche à sa fin. Devant le rejet d'une grande partie des Algériens, des candidats fantômes mènent une campagne que l'on peut facilement assimiler à du désert. Pour un étranger qui visite l'Algérie, il ne se doutera pas qu'un scrutin est prévu dans six jours.

En effet, dans certaines régions d'Algérie, les électeurs ne connaissent même pas l'identité des candidats en lice pour le scrutin du 12 juin. Dans plusieurs wilayas, les candidats des partis participants et indépendants préfèrent des « contacts » de proximité pour leur campagne. Et ce, dans le but d'éviter les citoyens susceptibles d'aller perturber leurs meetings, comme cela a été le cas dans certaines régions.

La mésaventure d'un groupe de candidats dans la localité de Ouacifs, en Kabylie, fait désormais réfléchir tous les autres candidats dans cette région. Ces candidats en lice pour les 11 sièges de la wilaya de Tizi Ouzou ont été sommés de quitter la salle et Ouacifs. A coups de « dégage » et « ulac el vote ulac », les candidats de cette liste ont fini par quitter les lieux.

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Législatives du 12 juin : Des candidats non identifiés

Mais leur malheur ne s'est pas arrêté là, puisque la scène a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Et c'est ce qui a encore encouragé les autres candidats à adopter la discrétion, au point où ils sont assimilés à des candidats fantômes. D'ailleurs, il y a de nombreuses listes sur la vingtaine en lice à Tizi Ouzou (16 partis et 4 indépendants) qui ne sont pas rendues publiques, quelques jours avant la clôture de la campagne électorale.

Pour les candidats fantômes, il s'agit plutôt de se lancer dans une campagne invisible qui consiste en des contacts personnalisés avec des membres de leurs familles, des amis et autres connaissances. De bouche à oreille, des appels téléphoniques et du porte-à-porte, c'est tout ce que peuvent faire les candidats aux législatives du 12 juin en ce moment. Ils croiseront les doigts ensuite, afin de récolter assez de voix pour s'adjuger un siège à l'Assemblée nationale (APN).

Des candidats fantômes contre des détenus politiques très visibles

Il faut dire que la gêne des candidats dans cette campagne sans visage est quelque peu expliquée par la multiplication, enregistrée ces dernières semaines, du nombre de détenus politiques et d'opinion. Les militants politiques et les activistes du Hirak font comprendre aux candidats qu'il est indécent de se présenter à des élections à un moment où 214 personnes sont incarcérées et éloignées de leurs familles pour avoir exprimé des opinions politiques.

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D'ailleurs, sur les panneaux d'affichage réservés aux portraits des candidats, l'on trouve rarement les affiches en question. Et comme le génie populaire en Algérie est toujours d'une inspiration légendaire, les portraits des détenus d'opinion sont placardés sur les espaces réservés à ceux des candidats aux législatives du 12 juin. Une façon pour les contestataires de signifier qu'ils préfèrent prendre le parti des détenus que celui des candidats aux législatives pour lesquels le peuple a montré de l'indifférence.

L'esprit du Hirak

Dans cette situation ubuesque, le pouvoir tient à son scrutin. Il maintient le cap contre vents et marées. Pour réussir ses élections, les autorités ont opté pour le tout-répressif pour affaiblir le Hirak qui s'est exprimé clairement contre la tenue de ce scrutin. Au point où il a réussi à empêcher les marches hebdomadaires du vendredi dans plusieurs wilayas d'Algérie, y compris dans la capitale Alger.

Paradoxalement, cet arrêt des marches peut s'avérer positif dans la mesure où il montre que même si les marches ont cessé, les candidats ont quand même « peur ou honte » d'affronter la foule. C'est que même sans les marches du vendredi, l'esprit du Hirak est toujours là. Cette réalité peut inquiéter les candidats et leurs proches, notamment sur l'attitude qu'aura le citoyen électeur le jour du scrutin.