Les relations entre l'Algérie et la France se sont détériorées ces dernières semaines à la suite des propos tenus par le président français Emmanuel Macron à l'égard de l'Algérie et du régime algérien, qu'il a qualifié de « militaro-politique ».  La crise a atteint son paroxysme avec une série de mesures inédites contre la France. Les autorités algériennes, qui ont rappelé l'ambassadeur en France, sont allées jusqu'à fermer l’espace aérien du pays aux avions miliaires français. Mais jusqu'où l'Algérie ira-t-elle dans sa riposte ? Peut-on s'attendre à une rupture totale des relations diplomatiques entre les deux pays ?

Depuis la sortie controversée d’Emmanuel Macron, plusieurs dirigeants – à leur tête le chef de l'État Abdelmadjid Tebboune – se sont exprimés sur la question en rendant à chaque fois la France comme responsable de cette crise entre les deux pays. Dans un entretien accordé au magazine allemand Der Spiegel, le 25 octobre dernier, Abdelmadjid Tebboune a critiqué les propos de son homologue français, qu'il a qualifiés de graves. « On ne touche pas à l'histoire d'un peuple, on n'humilie pas les Algériens », avait-il déclaré, affirmant que « Macron a blessé la dignité des Algériens ».

Face à la détermination affichée par Alger, Emmanuel Macron a décidé de faire un premier pas dans le but de détendre l'atmosphère en vue d'une issue à cette crise, qui risque de durer. En effet, le communiqué publié le 9 novembre par l'Élysée est assimilé à un mea culpa du président français envers les autorités algériennes. Il y est dit que le président regrette les « malentendus » engendrés par ses propos. La France y réaffirme aussi « le plus grand respect » de son président pour la nation algérienne.

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Se dirige-t-on vers une escalade dans la crise algéro-française ?

Ce revirement dans la diplomatie française a été accueilli favorablement par les autorités algériennes, comme l’a souligné le 10 novembre le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, qui a qualifié les nouvelles déclarations françaises de « raisonnables ».

D’ailleurs, l’Algérie a fini par prendre part à la Conférence internationale sur la Libye organisée le 12 novembre à Paris. C’est Ramtane Lamamra lui-même qui a représentée le pays à cette conférence à la  suite de la décision de Abdelmadjid Tebboune de ne pas répondre favorablement à l'invitation de son homologue français à participer à cette importante réunion.

Pour de nombreux observateurs, la réaction positive du ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra au communiqué de l'Élysée, suivie deux jours plus tard par son voyage à Paris pour participer à la Conférence sur la Libye, sont des signes annonciateurs d’un dégel du conflit opposant l’Algérie et la France.

L'Algérie aurait suspendu tout contact, réunion et rencontre avec la France

Toutefois, une information révélée ce dimanche par un quotidien panarabe basé à Londres a fait état d’un durcissement de la part de l’Algérie concernant ses relations avec la France. En effet, dans son édition de ce dimanche 14 novembre, le quotidien Al-Araby Al-Jadeed a révélé que « les autorités algériennes ont décidé de suspendre toutes les rencontres et réunions prévues avec la partie française, et de geler les contacts diplomatiques avec Paris ».

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Des sources ont révélé à Al-Araby Al-Jadeed que « Abdelmadjid Tebboune a ordonné au ministère des Affaires étrangères de geler tous les contacts diplomatiques avec la partie française ». La même source a indiqué que « le chef de l'État algérien avait été donné instruction au département France du ministère algérien des Affaires étrangères, créé récemment au sein de la nouvelle structure du ministère, de ne répondre à aucune communication ou correspondance en provenance de l'ambassade de France en Algérie, ou du ministère français des Affaires étrangères depuis Paris, et de tous les organismes français » en riposte aux propos tenus par Emmanuel Macron contre l'Algérie.

La suspension des relations entre la France et l'Algérie concernerait la coopération politique, diplomatique et économique

Dans le même contexte, « des instructions ont été données par la Présidence algérienne pour geler toutes activités, rencontres et réunions périodiques qui étaient programmées avec la partie française, que ce soit en Algérie ou à Paris, et dans tous les secteurs de la coopération politique, diplomatique et économique entre les deux pays », ajoute le quotidien panarabe.

L'instruction de la Présidence algérienne concerne « la coopération dans les domaines de la culture, de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, et la suspension de des visites  des délégations officielles entre les deux pays, à l'exception des activités internationales organisées en France (comme le déplacement du ministre de l'Éducation Abdelhakim Belabed pour participer à la conférence de l'UNESCO tenue à Paris du 9 au 24 novembre) », rapporte le quotidien Al-Araby Al-Jadeed.