À l’instar des autres pays nord-africains, l’Amazighité est une réalité ancrée dans l'histoire de la Libye. D'ailleurs, le nom de la Libye vient de Libau, nom d'une tribu amazighe qui a donné le terme grec libya qui désigne dans l'Antiquité la frange de territoire de l'Afrique du Nord bordant la Méditerranée, de l'ouest de Égypte à l'Atlantique.

Selon une étude du Centre Jaques-Berque, la Libye compte aujourd’hui entre 250 000 et 600 000 locuteurs de tamazight, soit de 5 à 10 % de la population globale, évaluée à 6,8 millions de personnes. Les Amazighs de Libye se distinguent aussi par deux grands groupes : le plus important, estimé à plus de 90 % des amazighophones libyens, se trouve principalement dans le nord-ouest du pays, dans la région de Zouara et de l’Adrar Nefoussa, ainsi que dans la diaspora qui a migré à Tripoli. Le second groupe, les Touaregs libyens, estimé à 20 000 personnes, se situe dans le sud-ouest, selon la même étude.

Toutefois, malgré leur histoire millénaire, les Amazighs de la Lybie, à l’instar d’ailleurs de ceux de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, ont subit durant des décennies le dictat des régimes de leurs pays. Ces derniers ont imposé, des décennies durant, une identité nationale centrée sur l'arabité. C’est le cas particulièrement en Libye où le régime autoritaire du colonel Mouammar Kadhafi avait interdit toute référence à l'Amazighité de son pays depuis son accession au pouvoir en 1969 jusqu'à sa chute en 2011.

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Les Amazighs de la Libye en quête d'une reconnaissance officielle de leur identité

Une chute brutale survenue après la révolte populaire à laquelle les Amazighs libyens, concentrés dans la région de Zouara et de l’Adrar Nefoussa, ont largement contribué. Et depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, les Amazighs libyens, qui s’affichent sans crainte, ne cessent de revendiquer une reconnaissance de leurs identité par l'État central. Depuis cette révolution, les Amazighs libyens s'imposent comme partenaires incontournable dans la nouvelle Libye qui se dessine.

Toutefois, face aux nombreuses luttes politiques conjuguées à un conflit armé entre différentes régions et tribus du pays, les différents gouvernements qui se sont succédés à la tête de l'État ne se sont pas vraiment penché sur les revendications de cette partie de la population, jugées à leurs yeux non prioritaires. Un état de fait qui a poussé les Amazighs libyens à se constituer en associations et partis pour réclamer à l'État une reconnaissance de leurs droits.

Le Premier ministre libyen s'affiche avec l'emblème amazigh à l'occasion d'une sortie officielle

Et comme le pays s'apprête à vivre sa première élection présidentielle, prévue en décembre prochain, la question identitaire amazighe revient à nouveau dans les débats, et les nombreux candidats – qui sont déjà au nombre de quinze – ne vont pas s'empêcher d'aborder la question, devenue un sujet d’ordre national. C’est dans ce cotexte d’ailleurs que le Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah a effectué, ce samedi 20 novembre, une visite officielle dans la région amazighophone de Zaoura.

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Arborant une écharpe, aux couleurs de l'emblème amazigh (drapeau berbère), le Premier ministre libyen a été accueilli, à son arrivée dans la région de Zaoura, par les représentants des contrées amazighes de la région dans une ambiance chaleureuses, comme le montre les images des différentes chaines libyennes. Le Premier ministre a même pris une photo dans le salon officiel de la ville de Zaoura avec le drapeau de l'État libyen à coté de l'emblème amazigh.

Identité et langue tamazight. Une constitution qui prend en charge les revendications des Berbères ?

Devant les représentants des différentes régions amazighes du pays, le Premier ministre, venu à Zoaura pour convaincre la population locale de participer à l'élection présidentielle prévue pour le 24 décembre, a tenu un discours jugé historique par de nombreux observateurs. En effet, dans une salle décorée d’emblèmes libyens et Amazighs, et des inscriptions en Tifinagh, Abdelhamid Dbeibah a déclaré que « la population amazighe de la Libye a le droit de réclamer une Constitution qui prend en charge l’ensemble de ses revendications », tout en affirmant que la langue « tamazight doit être enseignée dans toutes les écoles et les universités du pays ».

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« Le plus grand crime est celui d'obliger un citoyen libyen à renier son identité », avoue Abdelhamid Dbeibah

Le Premier ministre libyen a également annoncé avoir « transmis une note officielle à l’ensemble des administrations de l’état civil sur le territoire national afin de permettre aux citoyens libyens d’inscrire leurs enfants avec des prénoms amazighs ».

Dans son discours, Abdelhamid Dbeibah a affirmé que « le plus grand crime est celui d'obliger à un citoyen libyen à renier son identité et le contraindre à épouser une autre ». Une phrase qui confirme l’engagement de l’État libyen à reconnaitre enfin le droits des Amazighs de ce pays, à renouer avec leur identité millénaire, longtemps bafouée.