La question de l’Islam a toujours été au cœur des débats en France en raison de l’importance de la communauté musulmane qui y vit, et surtout des difficultés liées à la gestion de ce culte. En France, chaque gouvernement veut avoir un Islam qui lui convient, d’où les nombreux conflits qui surgissent souvent entre l’État et des représentants de cette religion en France.

Depuis quelques mois, un conflit a éclaté entre le gouvernement français, représenté par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, en sa qualité de premier responsable des cultes, et le Conseil français du Culte musulman (CFCM), l’un des représentants majeurs de la communauté musulmane en France. Fondé en 2003, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, le CFCM se retrouve aujourd’hui dans le viseur du gouvernement français.

La question de la représentativité de l’Islam en France revient au-devant de la scène

Accusé ouvertement par le ministre de l’Intérieur Gerald Dramanin d’être à la solde de certains pays étrangers, le CFCM présidé par le Marocain Mohammed Moussaoui perd désormais son rôle de représentant officiel de l’Islam auprès des pouvoirs publics en France. « Le CFCM, pour les pouvoirs publics, n’existe plus, n’est plus l’interlocuteur de la République », a tranché en effet Gérald Darmanin, le 12 décembre dernier, lors de son passage à l’émission le Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro.

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Entre temps, le gouvernement français qui voulait en finir avec le CFCM a décidé de mettre en place un nouveau cadre pour la représentation des musulmans de France. C’est dans cette optique d’ailleurs que le chef de l’État Emmanuel Macron a annoncé le 5 janvier dernier la création d’un Forum pour l’islam de France (FORIF). Un forum qui s’appuiera sur des représentants du culte musulman « préalablement identifiés pour participer aux assises territoriales de l’islam de France », et qui sera donc le substitut de l’actuel CFCM.

Le CFCM lâché par les pouvoirs publics

Devant ce fait accompli, le président du CFCM, Mohamed Moussaoui, qui avait tenté dans un premier temps de tenir tête au gouvernement français en s’attaquant notamment au ministre de l’Intérieur, a fini par se rendre à l’évidence. Le CFCM est bel et bien lâché par les pouvoirs publics, et un nouvel organisme en charge du culte musulman en France sera bientôt mis en place. Une évidence que le président du CFCM a fini par reconnaître et surtout à applaudir malgré lui.

En effet, dans une tribune publiée le 7 janvier dans le quotidien français L’Opinion, le président du CFCM, tout en reconnaissant que « le CFCM dans son format actuel n’est plus viable », a indiqué qu' « il y a possibilité de faire émerger d’une façon coordonnée avec les pouvoirs publics une nouvelle organisation du culte musulman, légitimée par les acteurs du terrain ». Et d’ajouter que « celle-ci doit être le fruit d’une concertation associant le FORIF et les structures départementales du culte musulman mises en place ou en cours de l’être ».

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Mohamed Moussaoui appelle à la dissolution du CFCM et à intégrer le FORIF créé par Emmanuel Macron

Résigné, Mohamed Moussaoui, dont le mandat à la tête du CFCM s’achève le 19 janvier prochain, est allé jusqu’à proposer la dissolution du Conseil, dans le sillage de la création de la nouvelle organisation initiée par Emmanuel Macron sous le nom du FORIF. « Cette nouvelle organisation (FORIF, NDLR) pourrait être suivie d’une autodissolution du CFCM dans le respect de ses statuts », affirme Mohamed Moussaoui, qui annonce à l’occasion sa non-candidature pour un autre mandat à la tête du CFCM et invite « toutes les composantes du CFCM à s’inscrire dans cette démarche » et à « acter cette orientation à l’occasion d’une assemblée générale extraordinaire qui pourrait intervenir prochainement ».