Un algérien déjà incarcéré à Guantanamo sera jugé à Paris en mai pour « association de malfaiteurs terroriste ». Il s'agit de Saber Lahmar qui a passé 8 ans dans la très controversée prison américaine. L'activiste islamiste torturé dans cette prison a été innocenté et accueilli en France en 2009. 

L’algérien sera donc jugé à la mi-mai en correctionnelle à Paris. Il est accusé d'avoir incité et préparé le départ d’aspirants au djihad en Irak ou en Syrie. Le ressortissant algérien a un long parcours avec les organisations islamistes. Il est né en mai 1969 en Algérie et a grandi à Constantine. Il a obtenu une licence en sciences islamiques à Constantine. Présenté comme un ex-membre du Groupe islamique armé (GIA), Saber Lahmar part à Médine, en Arabie saoudite, terminer ses études. Il part ensuite en Bosnie-Herzégovine entre 1996 et 2001, pour participer avec les forces armées bosniaques à la résistance devant l’offensive serbe.

L’islamiste algérien avait travaillé notamment à la bibliothèque du centre culturel saoudien, au sein d’une grande mosquée de Sarajevo, considérée comme un lieu de rassemblement d’islamistes. Il a été livré aux Américains début 2002 avec cinq autres Algériens soupçonnés d’avoir fomenté un attentat contre l’ambassade des États-Unis à Sarajevo. Il est transféré à la prison militaire de Guantanamo où il est détenu jusqu’en 2008 lorsqu'il a été innocenté par la justice américaine.

Accueilli en France en 2019, il est soupçonné d'encourager le départ des Français vers la zone irako-syrienne

Après ce verdict, le président Nicolas Sarkozy accepte le principe de l'accueillir sur le sol français avec un autre détenu du camp de Guantanamo. Saber Lahmar revient ainsi en France au début du mois de décembre 2009. Depuis 2010 l'islamiste est « considéré par ses pairs comme un savant » en matière d’islam, voire un « guide religieux », il officie rapidement comme imam de la mosquée de Saint-André-de-Cubzac (Gironde), mais aussi dans une salle de prière clandestine située au-dessus du restaurant de Mohamed H., autre mis en cause selon une ordonnance du 17 février qui le renvoie en procès, indique l'AFP.

Saber Lahmar est soupçonné d’avoir entretenu des liens avec plusieurs figures du djihadisme en France, parmi lesquels Taoufik Boussedra, un Tunisien condamné en 2011 dans un dossier dit « Cherifi » de financement d’Al-Qaïda, Lionel Dumont, braqueur islamiste ex du « gang de Roubaix », ou encore Mohamed Achamlane, chef du groupe islamiste Forsane Alizza. Il est aussi mis en cause pour avoir « directement encouragé et préparé les départs » à l’été 2015 « vers la zone Irako-Syrienne » d’un homme, Othman Yekhlef, considéré comme « mort sur zone » depuis la fin 2015, ainsi que d’un couple et de ses quatre enfants. Le père de cette famille, Salim Machou, fait partie des sept Français condamnés à mort en 2019 par la justice irakienne pour leur appartenance au groupe État islamique.