Le chanteur français d'origine algérienne Enrico Macias espère toujours visiter l'Algérie 61 ans après l'avoir quittée en compagnie d'un certain nombre de Juifs de Constantine. À 83 ans, il considère qu'un éventuel voyage dans son pays natal ne relève pas de l'impossible.

Gaston Ghrenassia, alias Enrico Macias, ne perd pas espoir de visiter une dernière fois le pays qui l'a vu naître. Il a eu l'occasion de le redire, encore une fois, ce dimanche 17 avril. « Mon retour en Algérie n'est peut-être pas impossible », a-t-il affirmé dans un long témoignage sur son enfance, son départ d'Algérie et sa carrière artistique. Et l'optimisme d'Enrico Macias va au-delà de sa vie sur terre.

En fait, pour lui, même s'il ne fait pas ce voyagé rêvé vers l'Algérie, il espère que ses enfants le feront après sa mort. « Mais si je meurs avant, j'espère au moins que mes enfants pourront se rendre sur ma terre natale. Je serai alors content, de là où je serai », a en effet estimé l'artiste qui a quitté l'Algérie dans l'urgence au lendemain de l'assassinat, en juin 1961, du chanteur juif Raymond Leyris à Constantine ; celui qui devait devenir son beau-père.

Enrico Macias parle de cicatrices qui « se sont rouvertes »

Dans le même entretien, Enrico Macias a rappelé l'épisode de l'année 2000, quand l'ex-président Abdelaziz Bouteflika l'avait invité à rentrer en Algérie. La visite sera annulée après la polémique que cette question a soulevée dans le pays. L'artiste témoigne : « mais la veille de mon départ, la tournée a été annulée, sous pression de certains extrémistes qui me jugeaient trop proche d'Israël ».

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« Alors que je sentais que les cicatrices de mon cœur étaient sur le point de se refermer, elles se sont rouvertes », a ajouté avec une certaine tristesse et amertume le chanteur qui a attribué l'assassinat de Cheikh Raymond au FLN. Même si à l'époque, le FLN avait nié avoir commis ce meurtre. Effectivement, dans le même entretien, il n'a pas manqué de raconter cet épisode du début de l'été 1961.

« Je crois à un cauchemar. Je me lève, je descends dans la rue, je vais vérifier chez Cheikh Raymond, dont la fille Suzy était ma fiancée. Il vient d’être assassiné par le FLN, sur le marché. D’un coup, je deviens orphelin de Cheikh Raymond, que j’adorais comme un père spirituel, orphelin de la musique arabo-andalouse dont il était l’incarnation, orphelin de mon pays. Car très vite, il faut partir. Des tracts appellent à éliminer les membres de l’orchestre. Nous sommes en danger. Toute la communauté juive de Constantine quitte la ville. Avec ma famille, j’embarque pour la France », a encore Enrico Macias.