Malgré le poids des ans, Enrico Macias a gardé sa verve artistique, lui qui a animé un concert le 18 mars au Casino La Grande-Motte en France. Ce gala intervient dans le sillage de la commémoration des accords d’Évian et a été organisé à l’initiative d'Al Orchestra, collectif de musiciens franco-algériens.

À la veille de son concert, Enrico Macias, qui célèbre ses 60 années de carrière, s’est confié au journal Midi Libre. Une occasion pour l’artiste né en Algérie de revenir sur son enfance à Constantine, sa ville natale, en affirmant que « la vie était belle ».

Enrico Macias a évoqué son départ de l’Algérie en 1961, à la suite de l’assassinat de son beau père, l’accueil qui lui a été réservé à son arrivé en France et son rêve de revenir un jour en Algérie.

« À l’âge de 10 ans, mon enfance se partageait entre Constantine et un petit village à 60 km qui s’appelait Jemmapes. Mes grands-parents avaient un magasin de tissus là-bas. J’ai passé toute mon enfance chez eux, c'est ma grand-mère qui m’a élevé », se souvient-il.

« Mon père était un violoniste de musique arabo-andalouse. Il jouait avec celui qui allait être plus tard mon beau-père, Cheikh Raymond, avec qui j’ai d’ailleurs commencé », raconte Enrico Macias.

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L'assassinat de Cheikh Raymond a précipité le départ d'Enrico Macias

Le 22 juin 1961, alors qu’il est instituteur à Constantine, son beau-père, Cheikh Raymond, est assassiné lors d’un attentat. Cet assassinat marquera l’exil des juifs de Constantine ; dont celui d’Enrico et sa famille.

« Ma vie a changé immédiatement car son assassinat a eu pour conséquence le départ de Constantine de toute la communauté juive. Moi, je suis parti le lendemain », affirme Enrico, qui a récemment été victime d'escroquerie financière.

Enrico, qui dit en porter les séquelles, est revenu dans les détails sur la mort de  son mentor. « La veille de son assassinat, j’étais invité au mariage d’un ami. Comme ça s’est terminé très tard et qu’il y avait le couvre-feu, je suis rentré chez moi très tôt le lendemain matin. Je dormais et j’ai entendu des cris. C’était mon grand-père qui criait : "On a tué Raymond, on a tué Raymond !" J’ai cru que je faisais un cauchemar, mais je me suis réveillé et c’était la réalité », se souvient-il.

« On a été très mal accueillis en France », révèle Enrico Macias

Pour Enrico, l’assassinat de celui qu’il appelle « tonton Raymond »  a bouleversé sa vie. « Je suis sorti de la maison comme un dingue pour essayer de voir ce qui se passait près de l’hôpital, car il avait été tué devant. Il est mort sur les marches de l’hôpital. Puis je suis allé voir ma future belle-mère et ses enfants. J’étais catastrophé comme eux », ajoute-t-il.

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C'est cet assassinant qui a précipité son départ ainsi que celui de nombreuses familles juives d'Algérie vers la France. « Ma vie a changé immédiatement car son assassinat a eu pour conséquence le départ de Constantine de toute la communauté juive. Moi, je suis parti le lendemain », explique Enrico Macias. Il révèle ensuite comment il fut accueilli à son arrivée, lui et sa famille en France. « On n’a pas été très bien accueillis… À part quelques-uns qui nous ont aidés… On a été très mal accueillis, très mal », lâche le chanteur.

Enrico Macias rêve toujours de retourner en Algérie

Plus de 60 années après son départ d’Algérie, Enrico ne désespère toujours pas d’y revenir un jour. « Oh oui, l’Algérie me manque énormément. C’est ma terre natale. Quand je vois qu’on peut aller dans le monde entier en avion dont l’Algérie et que je ne peux pas y aller, c’est dur », lance-t-il.

« J’ai 83 ans. Ça me paraît difficile mais il ne faut jamais dire que c’est impossible. C’est une question de destinée. Comme je suis parti d’Algérie, c’était ma destinée. Peut-être que mon retour, ça sera aussi ma destinée. Je ne sais pas », ajoute Enrico.

Enrico Macias souhaite la réconciliation entre la France et l'Algérie

Enrico Macias, qui se revendique comme le « représentant des pieds-noirs » et « chantre de la paix et de la fraternité », s’est également exprimé sur les relations franco-algériennes en évoquant notamment la question de la mémoire, 60 années après l'indépendence de l'Algérie.

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« Je voudrais qu’on n’oublie pas les morts des deux côtés ni l’histoire. Mais maintenant que c’est fait, pourquoi ne pas se raccommoder ? » s’interroge Enrico.

« Au lieu de faire de la repentance. Tout ça ne sert à rien. Il faut mettre sur pied un plan de réconciliation. Je souhaite la réconciliation entre la France et l’Algérie. Je crois toujours aux belles choses. Je suis un positif dans tout », ajoute le chanteur.