L'Espagne a changé de stratégie vis-à-vis du Maroc. Le gouvernement espagnol s'est rangé du côté de son voisin du sud concernant le Sahara occidental et a mis fin à une période de brouille diplomatique. Cependant, ce changement de cap du gouvernement espagnol est resté incompris par de nombreux observateurs, qui estiment que le Royaume ibérique s'est plié au chantage marocain avec la question des migrants qui a fait polémique pendant de longues semaines en Espagne. Une année après la crise migratoire, cette thèse du chantage a été validée par Le Centre espagnol de renseignement (CNI). Selon ce centre, le roi Mohammed VI est directement impliqué dans la stratégie marocaine de faire pression sur l'Espagne en se servant des migrants clandestins.

Ainsi, la thèse selon laquelle le Maroc s'est plié au chantage marocain s'avère réaliste. En effet, un rapport cité par le journal espagnol El País affirme que le CNI a informé le gouvernement espagnol que l'entrée irrégulière de milliers de migrants à Sebta en mai 2021 faisait partie de la stratégie de pression du Maroc sur l'Espagne afin qu'elle change sa position sur le Sahara occidental.

Le journal, qui indique avoir eu accès au rapport, ajoute que les services de renseignement espagnols ont souligné l'implication directe du roi Mohammed VI dans la mise en œuvre de cette stratégie « parfaitement planifiée et dirigée au plus haut niveau du pouvoir ». Le rapport cite également Fouad Ali el-Himma, conseiller du roi du Maroc, comme celui qui a pensé cette stratégie. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, et Abdellatif Hammouchi, directeur général de la surveillance du territoire (DGST), font également partie de l'équipe qui aurait mis en oeuvre ce plan pour faire plier l'Espagne, souligne ce rapport.

Le chantage du Maroc a été payant

Le journal explique que dans ce rapport, daté du 26 juin, les services secrets ont souligné que l'intention du Maroc était « de faire pression sur le gouvernement espagnol pour obtenir une position favorable dans le conflit au Sahara occidental ». Ce plan s'avère donc payant étant donné que le 14 mars dernier, soit dix mois après la crise migratoire, le gouvernement espagnol a annoncé son soutien au plan marocain d'autonomie du Sahara.

Il faut rappeler que le 17 mai 2021, des milliers de migrants ont afflué à Ceuta, petite enclave espagnole au nord du Maroc. Ils sont près de 12'000 à avoir passé la frontière pour rentrer dans l'Union européenne, sans que les services de sécurité marocains bougent le petit doigt. Une année après cette « invasion », l'émission Complément d'enquête est revenue sur les dessous de la crise diplomatique entre le Maroc et l'Espagne et diffuse des images des éléments de la Gendarmerie royale et des forces spéciales spectatrices de cette ruée. Cet élément conforte également le fait que le Maroc ait utilisé cette immigration clandestine comme moyen de chantage contre l'Espagne.