L'assassinat en France de la jeune Lola, âgée de de 12 ans, par une Algérienne (présumée) en situation irrégulière a libéré la parole, notamment de l'extrême droite et de la droite qui ne cessent d'instrumentaliser cette affaire pour s'attaquer aux algériens et à l'Algérie. En effet, les appels se sont multipliés pour des sanctions contre ce pays qui, selon ces militants et politiciens, refuse de reprendre ses clandestins.

Ainsi, les mouvements anti-immigration en France se déchaînent. Parmi ces activistes, le député du Rassemblement national de la Somme Jean-Philippe Tanguy, qui a affirmé à l'émission 8h30 France Info que la présumée meurtrière n'aurait pas dû se trouver sur le territoire français. Le député a notamment rappelé que « les lois existent » et regrette qu'elles ne soient pas appliquées.

Pour ce député, le problème réside dans l'application des lois par les responsables politiques. Dans le même ordre d'idées, le sénateur Bruno Retailleau a annoncé jeudi dernier le dépôt d'un projet de loi qui, selon lui, engage la responsabilité de l'État dans le meurtre de la jeune Lola. Pour ce député, la jeune meurtrière n'a pas été expulsée en raison du refus de l'Algérie de reprendre ses ressortissants en situation irrégulière.

Pour faire pression sur ce pays, Jean-Philippe Tanguy préconise d'actionner le levier des transferts de devises vers l'Algérie. Il explique donc que les ressortissants algériens en France financent l'économie algérienne dans des « proportions importantes ». C'est pour cela qu'il propose de suspendre, mais pas d'interdire, ces transferts d'argent. Cette suspension poussera à coup sûr les autorités algériennes à accepter de récupérer les Algériens qui font l'objet d'une OQTF, selon ce député.

Un socialiste à l'origine de cette proposition

Il faut dire que cette proposition n'est pas nouvelle. Pendant la compagne électorale pour la présidentielle de 2022, le candidat socialiste Arnauld Montebourg a évoqué cette mesure. En effet, concernant la question de l'expulsion des migrants en situation irrégulière en France vers leurs pays d’origine, le député socialiste avait tout simplement proposé de « frapper au portefeuille » afin de contraindre certains pays à « coopérer » avec la France dans le cadre de l'accueil de leurs ressortissants sans-papiers expulsé depuis l'Hexagone.

L'ancien candidat avait expliqué les raisons de la non-intégration des étrangers par le nombre important des sans-papiers se trouvant actuellement en France. « Parce que vous avez aujourd'hui 100'000 mesures d'obligation de quitter le territoire qui pèsent sur des personnes en situation irrégulière qu'on n'arrive pas exécuter », avait-il affirmé. Pour mettre fin à cette situation, il avait déclaré : « il y a 11 milliards de transferts d'argent qui passent par Western Union sur l'ensemble des pays d'origine. Nous bloquons tous les transferts aussi longtemps qu'on n'a pas un accueil de coopération. Ce sont des transferts d'argent privé qui aujourd'hui sont une manne pour ces pays, et nous avons besoin de dire "ça suffit" ».

L'Algérie dans le top 10 des pays africains bénéficiant des transferts de devises

Il faut souligner que les envois d'argent de la diaspora algérienne vers le pays ont connu une hausse sensible en 2021 par rapport aux chiffres de 2020, selon les statistiques de la Banque mondiale. La dernière édition de la note d'information de la BM sur les migrations et le développement indique que les envois de fonds officiellement enregistrés vers l'Algérie ont atteint 1,8 milliard de dollars en 2021, contre 1,6 milliard de dollars en 2020.

L'Algérie est donc classée dans le top 10 des pays africains (Afrique du Nord et Afrique subsaharienne), l'Égypte arrive en pole position. Il est le premier pays bénéficiaire de cette manne financière, avec un montant record de 31,5 milliards de dollars. Le Nigeria arrive derrière l'Égypte. Le pays le plus peuplé d'Afrique (plus de 206 millions d'habitants, selon la BM) a vu les transferts de sa forte diaspora atteindre 19,2 milliards de dollars. Quant au Maroc, il arrive à la 3e place, avec des transferts atteignant 10,4 milliards de dollars en 2021.

Top 10 des pays africains bénéficiaires des transferts de fonds à partir de l'étranger

  1. Égypte - 31,5 Mds USD
  2. Nigeria - 19,2 Mds USD
  3. Maroc - 10,4 Mds USD
  4. Ghana - 3,7 Mds USB
  5. Kenya - 4,5 Mds USD
  6. Sénégal - 2,7 Mds USD
  7. Tunisie - 2,2 Mds USD
  8. Zimbabwe - 2 Mds USD
  9. Algérie - 1,8 Mds USD
  10. RD Congo - 1,3 Mds USD