Ils sont trois et ils ont des complices. Ils ont arnaqué près de 40 Algériens sans-papiers vivant en France. Un Italien et deux Algériens ont escroqué ces sans-papiers en leur promettant des titres de séjour en Italie. Au moins 15 parmi les 40 victimes ont décidé de se constituer partie civile et poursuivre ces arnaqueurs en justice pour récupérer leur argent.

Cette série d'arnaques a eu lieu en 2021, selon StreetPress, un journal spécialisé dans les enquêtes. Les victimes ont payé 8000 euros chacun pour bénéficier d'un contrat de travail qui leur assurera un titre de séjour de deux années en Italie. Gianni R., Mohamed B. et Fateh L. ont chacun un rôle dans cette bande d'arnaqueurs.

L'Italien Gianni est présenté comme un homme d'affaires et il est chargé de fournir les contrats de travail qui donneront du crédit à toute l'opération d'escroquerie. Mohamed B., 40 ans, Français de Strasbourg né en Algérie, est chargé d'organiser les déplacements des victimes vers l'Italie et de récupérer l'argent, en envoyant des intermédiaires. Le troisième, Fateh L., 32 ans et Alsacien d'adoption, est chargé de faire la promotion de l'affaire sur les réseaux sociaux et d'expliquer aux cibles de l'arnaque ce qu'elles doivent faire pour arriver à obtenir leurs titres de séjour.

8000 euros à payer pour un titre de séjour qui ne viendra pas

L'arnaque est toute simple à expliquer. Le sans-papiers algérien paie 8000 euros pour avoir un titre de séjour de deux années en Italie, grâce à un contrat de travail que Gianni R. va fournir à partir de sa ville de résidence, Latina, située en Rome et Naples. D'ailleurs, pour crédibiliser un peu leur escroquerie, les trois malfaiteurs font faire venir les victimes jusqu'à Latina, où ils doivent poster leurs dossiers contre un récépissé de la poste. Ce document de la poste est présenté comme une preuve du sérieux de la procédure.

À lire aussi :  Un Algérien sous OQTF défigure son ex-compagne avec un cutter

Selon les témoignages des victimes, qui se sont confiées au média StreetPress, tout a été monté pour que l'opération paraisse le plus crédible possible. Selon les estimations du même média, près de 40 Algériens auraient été délestés de près de 320 000 euros au total. 15 d'entre eux ont déposé plainte pour des faits d'escroquerie en bande organisée. Les victimes, qui projettent de saisir le juge d'instruction près le tribunal de Strasbourg, donnent des témoignages qui font froid dans le dos.

Les arnaqueurs font tout pour convaincre leurs victimes

« On a signé des contrats de travail, on a déposé un dossier en Italie, mais tout était faux ! » témoigne l'un des Algériens sans-papiers arnaqués. C'est que les malfaiteurs font tout pour les convaincre, y compris envoyer des vidéos de personnes qui avaient prétendument réussi à recevoir leurs titres de séjour. « Ils nous ont envoyé des vidéos de gens qui venaient de recevoir leurs cartes de séjour et pour qui tout se passait bien », confie un autre Algérien qui vit à Blanc-Mesnil avec sa compagne et ses deux enfants.

L'épouse de Gianni R., Sabrina, une Algérienne de 28 ans, a même été impliquée dans cette grosse arnaque, puisqu'une vidéo d'elle a été envoyée aux victimes. Dans cette vidéo, on la voit présenter en arabe des hébergements confortables dans ce qui semble être une ferme hôtelière moderne où les Algériens seraient logés pendant leur période de travail.

À lire aussi :  Un sans-papiers algérien agresse une Française dans un train

Selon leurs témoignages, les victimes devaient verser un premier acompte de 1000 euros. Ensuite, le jour du dépôt du dossier, elles doivent s'acquitter de la somme de 7000 euros. Les traces des virements sont disponibles via différents services de transfert d'argent. Parfois, le paiement se fait cash, notamment par le biais de deux frères du dénommé Mohamed B. ou d'autres intermédiaires.

Certaines victimes ont payé en dinar en Algérie, auprès d'un complice

Dans certaines situations, les victimes sont contraintes de payer en dinars en raison de l'indisponibilité de l'argent sur elles en France. Ce sont des proches en Algérie qui se sont chargés de payer les sommes dues. Des sommes à remettre à un certain Dadidou qui se déplace partout en Algérie pour collecter l'argent des arnaqueurs sans scrupule. L'un des sans-papiers affirme qu'il avait payé 1000 euros en France et 1,6 million de dinars en Algérie. C'est son frère et son cousin qui lui avaient avancé cette somme pour l'aider à obtenir le fameux document.

Les arnaqueurs invitent leurs victimes à se déplacer en Italie pour signer le contrat de travail. Parfois, ils les accompagnent jusqu'à la ville de Latina où ils sont accueillis par l'épouse de Gianni R., Sabrina, qui les met à l'aise, car elle leur parle en arabe. C'est elle qui leur fait signer ce qui ressemble à un contrat de travail puis les accompagne pour déposer le dossier à la poste. En fait, ils ont tout fait pour crédibiliser leur arnaque au point où ils ont donné un autre nom au récépissé de la poste, le « ricevuta », pour les rassurer sur le sérieux de la procédure. Alors que « ricevuta » est tout simplement récépissé en langue italienne.

À lire aussi :  Ils transportaient des charges de 80 kilos sur le dos : Un marocain arrêté pour exploitation de migrants

Au lieu d'un titre de séjour, une garde à vue...

À un certain moment, l'attente était trop longue et les Algériens sans-papiers qui sont tombés dans le piège des arnaqueurs commençaient à s'inquiéter et à échanger, notamment après avoir créé un groupe WhatsApp. Fin octobre 2021, l'un d'eux se rend à son rendez-vous à la préfecture de Latina, avec l'idée de récupérer son titre de séjour, pensant que la procédure était arrivée à son terme. Mais plutôt que le document rêvé, l'Algérien est placé en garde à vue par la police.

« Je n’arrivais pas à y croire. J’ai vu tout noir. Ce n’est déjà pas facile de vivre sans-papiers et tu te fais arnaquer. On voulait juste travailler légalement pour aider nos parents », affirme l'un des Algériens arnaqués dépité, plein de colère et d'amertume. Ils sont en situation irrégulière, mais ils ne veulent pas lâcher l'affaire. Ils ont déposé plainte malgré le risque d'expulsion. « C’est un dossier typique où des parties ont le privilège d’avoir une nationalité ou un titre de séjour, ce qui les place comme légitimes dans la tête de personnes sans-papiers. Ils en profitent pour exploiter leur précarité et leur aspiration à une vie normale », affirme leur avocat, Antoine Ory.