Razika Adnani : Le football ne doit pas se soumettre aux exigences de la religion

La question du jeûne des sportifs de haut niveau durant le mois de ramadan continue de susciter le débat. D'ailleurs, le ramadan de cette année est marqué par une vive polémique en France concernant le jeûne des joueurs musulmans lors des matchs du championnat de la Ligue 1. Une polémique à laquelle s'invite l'islamologue Razika Adnani à travers un entretien accordé au magazine français Le Point.

Le 30 mars dernier, la Fédération française de football (FFF) a rappelé aux clubs l’interdiction d’interrompre les matchs pour une rupture du jeûne. En Angleterre, la fédération locale a autorisé les arbitres à interrompre des matchs pour la rupture du jeûne. Pour comprendre les enjeux de ce débat, Razika Adnani, philosophe, islamologue et conférencière, membre du Conseil d’orientation de la Fondation de l’islam de France, a été interviewée par Le Point.

Rompre le jeûne sur le terrain : un geste symbolique

Razika Adnanai estime que la décision de la FFF est « logique », car selon elle, « le football ne doit pas se soumettre aux exigences de la religion » et « la Fédération a le devoir de protéger les joueurs ». Elle ajoute que « la rupture du jeûne sur le terrain revêt une dimension symbolique forte et impose une atmosphère ramadanesque sur le terrain de football et l’impose à tous les joueurs, à tous les supporteurs, à tous les téléspectateurs ». Pour elle, ce n'est pas seulement – comme le voient certains – une simple pause fraîcheur. L'islamologue rappelle également que « l’obligation de jeûner n’est pas évidente dans le Coran ».

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Concernant le cas de l’international algérien Jaouen Hadjam, écarté de l’équipe du FC Nantes par son entraîneur Antoine Kombouaré au motif que « le jour du match, il ne faut pas jeûner », Razika Adnani estime qu’il ne s’agit pas de discrimination réelle ou perçue. « Jouer un match de foot demande des efforts physiques importants et l’entraîneur a le droit de ne pas convoquer le joueur qui veut absolument jeûner pour préserver sa santé et garantir la performance de l’équipe », estime l’islamologue franco-algérienne.

Le musulman sincère n'impose pas sa religion à tout le monde, estime Razika Adnani

Dans son explication, Razika Adnani, affirme que « jeûner est très pénible pour le corps et l'esprit, surtout quand on fournit de grands efforts ». La preuve, ajoute-t-elle est que « dans les sociétés musulmanes, beaucoup passent leurs journées au lit » pendant le mois de ramadan. Les entreprises et les administrations réduisent leurs horaires de travail, souligne-t-elle. « Pourquoi le faire, si jeûner était quelque chose de facile ? » s’interroge la philosophe.

Enfin, Razika Adnani estime que ce qui est « surprenant », c’est « cette irruption du religieux dans le domaine du foot et que l’interruption du match pour rompre le jeûne du ramadan est certainement le meilleur moment pour une doctrine religieuse ou autre de s’imposer au plus grand nombre ». Elle ajoute que « pour certains, la question ne réside pas dans ce qu’on mange ou la quantité de la nourriture que l’on mange, mais de ce que cela représente ». Quant aux musulmans, elle pense que celui qui est dans « la pratique sincère » de sa religion « ne ressent pas le besoin d’imposer à tout le monde sa religion ».


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