Les chibanis : une vie à trimer et une retraite à errer entre la France et l'Algérie

Ils sont partis en France pour gagner leur vie à la sueur de leur front. Ils ont souvent exercé des activités dures qui les ont marqués. Partis à une époque où il n'était pas évident de trouver du travail chez eux, ils se sont retrouvés en France à exécuter des « salles besognes ». Que se soit dans les mines, les fonderies ou des usines, ces immigrés souvent illettrés n'ont pas eu une vie facile.

Ils sont communément appelés « les chibanis ». Ils ont passé leur vie en France. Et pour leur retraite, ils sont partagés entre deux rives. Ces Algériens retraités (ou même d'autres nationalités) font partie des plus vulnérables. Aux difficultés de cette vie s'ajoute la nouvelle décision du gouvernement français. Ces chibanis doivent désormais prouver 9 mois de résidence en France pour percevoir le minimum vieillesse.

Ces hommes sont témoins d'une époque révolue où la France a ouvert les bras à ces étrangers qui faisaient partie de ses colonies. Des vies faites d'éloignement de leur famille, d'un monde nouveau et d'une culture, d'une langue et d'us différents. Ces immigrés sont nombreux à résider dans des foyers en communauté. Cependant, cette époque est finie et ces foyers devront être fermés. Le journal Ouest France revient sur la vie de cette catégorie dans un reportage pognant1.

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La France tourne le dos aux chibanis

C'est dans un foyer que le journal a recueilli des témoignages. Le témoignage de Abdelkader, âgé de 79 ans, est touchant. Il demande des nouvelles d'un autre résidant pensant qu'il était mort. La responsable de ce foyer de travailleurs migrants le rassure. « Non, non ! Il est à l’hôpital pour son dos, je suis allée le voir, il va bien », dit cette responsable. C'est le quotidien de ces retraités hébergés dans ce foyer qui devra être démoli. Il faut dire que ce foyer n'est pas aussi bruyant qu'avant. Il s'est progressivement vidé.

C'est un établissement a ouvert ses portes en 1975 lors de la ruée des étrangers pour combler un déficit de main-d'œuvre en France. Il a hébergé notamment des Algériens, Marocains, Tunisiens, Sénégalais et plus rarement des Indiens. Chaque nationalité occupe un étage et recrée l'ambiance du « bled ». Ce foyer est juste un exemple parmi d'autres. Et nombreux sont ceux qui seront démolis. Ils sont devenus vétustes, mais également « inutiles ». Cette époque va être effacée. La France veut l'oublier et oublier ce que ces chibanis ont apporté quand le pays avait vraiment besoin d'une main-d'œuvre à « bon prix ».

Ces chibanis étaient obligés de passer au moins 6 mois par année dans ces foyers pour y bénéficier des droits ouverts, notamment de l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées). À l'avenir, si avenir il y a, ils devront passer 9 mois pour bénéficier de ces droits. Ces immigrés sont donc devant un choix difficile : rentrer au bled pour profiter de leurs familles et perdre ces indemnités ou rester en France pour les percevoir et supporter encore l'éloignement de leurs familles. La France les a trouvés quand elle en avait besoin. Les chibanis ne « retrouvent » plus cette France alors qu'ils en ont besoin.


  1. Reportage. « Avant, on était bien… » : plongée dans un foyer de travailleurs migrants à la retraite, Ouest France 

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