« L'immigration est une chance pour la France » c'est « une réalité historique »

En France les débats sur l'immigration s'accentuent. Certains s'attaquent à ce phénomène et veulent durcir les conditions d'accueil des « immigrés clandestins » en mettant en avant  un « cout exorbitant de l'immigration » sur le plan socio-économique et culturel. D'autres, au contraire, mettent en évidence l'apport positif de cette immigration à la France. 

Parmi les défenseurs de l'immigration, on retrouve un éminent historien. Il s'agit de Gérard Noiriel, dont la notoriété n'est plus à démontrer. En effet, il est historien spécialiste de l’État-nation, de l’immigration et de la classe ouvrière. Il est également, directeur d’études de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Auteur de plusieurs ouvrages sur la thématique , Gérard Noiriel a affirmé dans une interview accordée au journal Le Monde que « dire que l’immigration est une chance pour la France n’est  pas qu’un slogan de la "gauche morale", comme on peut le lire parfois. C’est une réalité historique ».

L'immigration a traversé plusieurs étapes

Cet historien, qui est revenu sur les différentes étapes qu'a traversées l'immigration en France, a rappelé que parler de l'immigration pour la gauche n'est pas une honte, mais plutôt un "embarra, car l’immigration est un sujet qui fait partie du discours sur la nation. Or, depuis la fin du XIXe siècle, c’est un sujet de prédilection pour la droite". Il rappelle les positions de Jaurès quelques jours avant son assassinat en 1994 . « Il n’y a pas de plus grand problème que l’immigration », disait donc Jean Jaurès, qui a marqué la vie politique française.

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Durant cette époque, c'est-à-dire à la fin du XIXe siècle, l'historien rappelle que « de nombreuses rixes entre ouvriers français et étrangers avaient éclaté. Les syndicats reprochaient aux patrons d’utiliser les étrangers pour casser les grèves, baisser les salaires ». Dans ce contexte Gérard Noiriel explique que Jaurès, qui est une référence dans l'État-nation française, avait déploré la concurrence entre les ouvriers français et immigrés. « Il est conscient aussi que la France ne pourra pas rester une grande puissance économique sans recourir massivement à l’immigration », affirme l'historien, en faisant référence à l'une des figures les plus importantes de la gauche française.

Représentation négative de l'immigration

Revenant aux positions des uns et des autres dans le champ politique français, l'historien a notamment expliqué, concernant la droite et l'extrême droite française, que « depuis les années 1980. Les représentations négatives de l’immigration se sont diffusées dans l’opinion pour différentes raisons ». Il indique que pendant cette période « il faut bien sûr évoquer la crise économique et sociale, car c’est toujours un facteur qui favorise les discours xénophobes ».

Cependant, les véritables raisons résident dans des positions idéologiques, selon cet historien, qui fait remarquer qu'il « ne faut pas oublier que les luttes pour l’hégémonie politique passent aussi par le langage. Le mot "immigré" s’est imposé dans le discours commun et dans les catégories statistiques, alors qu’auparavant on comptabilisait des travailleurs « étrangers ». On est passé ainsi d’un discours privilégiant la nationalité juridique des personnes à un discours qui fait une place à l’origine de ces personnes (puisque la catégorie d’"immigré" englobe des Français d’origine étrangère). Ce nouveau langage a conforté les discours sur le « grand remplacement », alors que la France n’est plus un grand pays d’immigration.

Droitisation de la gauche

En ce qui concerne le recul de la gauche par rapport à la question de l'immigration, Gérard Noiriel rappelle qu'en « 2012, la gauche a effectivement gagné les élections, mais le gouvernement de François Hollande s’est aligné sur la droite en matière d’immigration ». Il ajoute que « le paroxysme de cette droitisation a été atteint quand Manuel Valls est devenu Premier ministre, avec le projet d’extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux ».

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Pour l'avenir, l'historien considère que l'échéance présidentielle de 2027 est encore loin. « Cela laisse le temps aux forces de gauche d’entreprendre sérieusement une réflexion pour aboutir à des propositions susceptibles d’être soutenues par la majorité des électeurs, sans renier leurs anciennes valeurs humanistes », conclut Gérard Noiriel.


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