Algérie-France : le ministre français de l'Intérieur invité à se rendre à Alger

Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a confirmé avoir reçu une invitation officielle de son homologue algérien pour se rendre à Alger, marquant un possible tournant dans des relations bilatérales fortement dégradées depuis plusieurs mois. Ce geste diplomatique, présenté comme un « signal » positif par le ministre, intervient dans un contexte de tensions persistantes sur les questions migratoires et sécuritaires.

Successeur de Bruno Retailleau à la tête du ministère de l’Intérieur depuis octobre 2025, Laurent Nuñez a pris ses distances avec la ligne dure adoptée par son prédécesseur. Il a exprimé à plusieurs reprises son désaccord avec les méthodes coercitives et les postures de confrontation, qu’il juge inefficaces. Selon ses déclarations, l’absence de coopération avec Alger a entraîné la suspension quasi complète des échanges sécuritaires et diplomatiques, en particulier dans le domaine migratoire.

Le bras de fer avec l'Algérie n'est pas la solution

« Ceux qui font croire aux Français que le bras de fer et la méthode brutale sont la seule solution, la seule issue, se trompent. Ça ne marche pas, dans aucun domaine. (...) Que ce soit avec la DGPN (Direction générale de la police nationale), la DGGN (Direction générale de la gendarmerie nationale) et avec les services de renseignements, il n’y a plus d’échanges d’informations opérationnelles. Et, par ailleurs, la conséquence est que l’Algérie n’accepte plus ses ressortissants en situation irrégulière depuis le printemps dernier. Nous n’avons plus non plus de laissez-passer », a précisé Nunez dans un entretien au Parisien.

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Aujourd’hui, aucun laissez-passer consulaire n’est délivré par l’Algérie pour le retour de ses ressortissants en situation irrégulière. Résultat : près de 40 % des personnes retenues dans les centres de rétention administrative sont de nationalité algérienne, sans possibilité de reconduite. Le canal d’échange entre services de police et de renseignement est également totalement interrompu.

Une invitation formelle dans un climat encore tendu

Dans ce contexte, la réception d’une lettre d’invitation du ministre algérien de l’Intérieur constitue un fait notable. Si aucun calendrier officiel n’a été dévoilé, cette invitation marque la première tentative de réengagement direct entre les deux ministères depuis la crise diplomatique du printemps 2025. Cette crise avait été aggravée par plusieurs événements : arrestations d’influenceurs algériens en France, affaire d Youtubeur Amir Boukhors, et tensions sur le Sahara occidental, après la reconnaissance par la France d’un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.

« Le ministre de l’Intérieur algérien m’a récemment écrit pour m’inviter », a fait savoir le ministre français de l'Intérieur, pour dire que quelques mots d'apaisement ont suffi pour déclencher un nouveau processus visant le rétablissement des relations bilatérales.

 

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Les positions restent divergentes sur l'accord de 1968

Le débat autour de l’accord franco-algérien de 1968 demeure un point sensible. Ce texte, toujours en vigueur, offre un régime dérogatoire aux ressortissants algériens en matière de séjour en France. Une résolution symbolique adoptée récemment à l’Assemblée nationale appelle à sa dénonciation, sans effet contraignant. Contrairement à son prédécesseur, Laurent Nuñez affirme ne pas souhaiter remettre en cause cet accord à court terme, considérant qu’il reste un outil diplomatique à gérer avec prudence.

Face à une situation bloquée depuis plus d’un an, le gouvernement français semble vouloir tester une approche plus souple, en misant sur la relance du dialogue bilatéral. Laurent Nuñez défend une relation apaisée mais exigeante avec Alger, insistant sur l’importance de la coopération dans la lutte contre la délinquance, le terrorisme et les réseaux de passeurs.

La tenue d’une rencontre entre les deux ministres pourrait constituer une première étape vers une reprise du dialogue institutionnel. Il reste à savoir si ce changement de ton portera ses fruits, dans des délais assez courts.


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