Maroc : témoignages poignants de violence contre des migrants africains

Les témoignages poignants de survivants de la tragédie du 24 juin 2022, survenue à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, révèlent une réalité sombre : celle de l'instrumentalisation des migrants africains par le royaume chérifien. Ce drame, surnommé le "Vendredi de la mort", notamment en référence au titre du livre de l'une des victimes, Al-Hafedh Tarjouk, a vu des dizaines de migrants périr ou être blessés alors qu’ils tentaient de franchir la barrière séparant les deux pays.

Des récits accablants de violence, de répression et d'abus de pouvoir par les forces de sécurité marocaines, dans ce coin à la frontière entre le royaume de Mohammed VI et l'enclave espagnole de Melilla, font désormais surface, pointant l’exploitation de cette tragédie à des fins politiques et diplomatiques.

Des violences inouïes à la frontière

Le 24 juin 2022, des centaines de migrants, principalement en provenance d'Afrique subsaharienne, dont le Soudan, tentaient de pénétrer dans l'enclave espagnole de Melilla. Lors de cette tentative désespérée, les forces de sécurité marocaines ont réagi avec une brutalité sans précédent.

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Utilisant des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des matraques, elles ont violemment réprimé les migrants. Les témoignages recueillis par des survivants racontent des scènes d'une violence extrême : certains migrants ont été battus à mort sous les yeux de leurs compagnons, d'autres ont vu leurs jambes brisées, tandis que de nombreux blessés ont été abandonnés sans soins.

Un des survivants, l’écrivain soudanais Al-Hafedh Tarjouk, relate comment il a été blessé à l'œil pendant cette répression. Il raconte également la manière dont les autorités marocaines ont tenté de dissimuler l’ampleur du massacre, en éloignant les corps des victimes et en empêchant l'accès aux blessés. "Les autorités ont fait en sorte que les morts ne soient pas comptabilisés. Ils ont dissimulé les victimes, écarté les blessés et ont empêché l’accès aux journalistes", déclare Tarjouk.

L’instrumentalisation des migrants

Au-delà de la violence physique, ce qui émerge des témoignages, c’est l’utilisation cynique des migrants comme un moyen de pression diplomatique. Selon plusieurs survivants, dont Tarjouk, il existe un consensus parmi les migrants : le Maroc utilise la migration comme un levier pour négocier avec l’Europe.

En effet, ces derniers affirment que le royaume chérifien, en facilitant ou en laissant se multiplier ces tentatives de traversée, cherche à obtenir des concessions politiques et économiques de la part des autorités européennes. Cela fait écho à une tactique qu’il a souvent employée : gérer les flux migratoires comme un instrument dans ses relations avec l'UE.

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"Le Maroc utilise les migrants comme une carte dans ses discussions avec l'Europe", affirme un autre survivant. "Quand les relations se tendent entre le Maroc et l'UE, les migrants deviennent une pression supplémentaire", poursuit-il, dénonçant le cynisme de cette politique migratoire. Les migrants sont ainsi réduits à de simples pions dans un jeu géopolitique, sans aucune considération pour leurs droits humains ou leur sécurité.

Une crise humanitaire ignorée

Les violences dont sont victimes les migrants africains au Maroc semblent être largement ignorées sur la scène internationale, malgré l’ampleur des violations des droits de l’Homme. Les appels des survivants à la communauté internationale, pour qu'elle intervienne et qu’elle prenne des mesures contre les abus marocains, demeurent souvent sans réponse. La situation des migrants africains à la frontière marocaine est un exemple tragique de la manière dont les crises humanitaires peuvent être manipulées à des fins politiques.

En somme, l’instrumentalisation des migrants africains par le Maroc, qui les utilise comme un levier dans ses négociations avec l’Europe, soulève des questions éthiques et politiques importantes. Tant que cette crise ne sera pas abordée sous l’angle des droits humains, les migrants continueront d'être exploités dans cette mécanique géopolitique sans fin.

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