Les transferts d’argent des Algériens établis à l’étranger restent nettement inférieurs à ceux enregistrés au Maroc et en Égypte. Un récent rapport économique met en évidence cet écart et analyse les facteurs qui limitent l’arrivée de devises dans le système bancaire algérien. L’étude s’intéresse notamment au poids du marché parallèle et aux moyens de mieux mobiliser les ressources financières et les compétences de la diaspora.
L’Algérie a enregistré 1,94 milliard de dollars de transferts officiels en provenance de sa diaspora en 2024, selon les données de la Banque mondiale reprises par le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE). Dans son Rapport annuel de conjoncture économique (RACE 2026), publié en mai 2026, le think tank compare ce montant à ceux du Maroc et de l’Égypte. Les transferts vers ces deux pays ont respectivement atteint 12 milliards et 29,6 milliards de dollars au cours de la même année.
Le Maroc a ainsi reçu plus de six fois le montant officiellement enregistré en Algérie, tandis que l’Égypte a bénéficié de transferts environ quinze fois supérieurs. CARE souligne notamment que la diaspora marocaine est de taille comparable à celle de l’Algérie, ce qui rend cet écart particulièrement significatif.
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Ces chiffres ne représentent toutefois que les transferts effectués par les circuits financiers officiels. Ils ne tiennent pas compte des sommes qui parviennent aux bénéficiaires par d’autres moyens, notamment les échanges de devises sur le marché parallèle. Cette distinction est essentielle pour comprendre la situation algérienne, où une partie des ressources financières provenant de l’étranger échappe aux statistiques bancaires.
Pourquoi les Algériens de l’étranger privilégient-ils le marché parallèle ?
La différence entre le taux de change officiel et celui pratiqué sur le marché parallèle constitue l’une des principales explications avancées par CARE. Cet écart incite certains membres de la diaspora à privilégier des circuits informels pour convertir leurs devises en dinars. Selon les données citées dans le rapport pour avril 2026, un euro s’échangeait contre environ 155 dinars au taux officiel, contre près de 277 dinars sur le marché parallèle.
À titre d’exemple, la conversion de 1 000 euros permettait d’obtenir environ 155 000 dinars dans le circuit officiel, contre 277 000 dinars sur le marché informel. La différence atteignait ainsi 122 000 dinars pour une somme identique. Cette situation réduit l’attractivité des transferts bancaires pour les personnes souhaitant envoyer de l’argent à leur famille ou financer des dépenses en Algérie.
Le rapport évoque également des transferts informels estimés entre 8 et 18 milliards de dollars par an. Ces montants reposent sur des évaluations et ne correspondent pas à des flux directement mesurés par les établissements financiers. Ils témoignent néanmoins de l’importance potentielle des ressources qui circulent en dehors du système bancaire et qui ne sont pas prises en compte dans les statistiques officielles des transferts.
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L’Algérie pourrait recevoir jusqu’à 6 milliards de dollars de transferts officiels par an
Face à cette situation, CARE estime que l’Algérie pourrait porter ses transferts officiels à environ 6 milliards de dollars par an, contre 1,94 milliard en 2024. Ce montant correspond à la moitié des transferts enregistrés au Maroc. Il représenterait une augmentation de plus de 4 milliards de dollars par rapport au niveau actuellement retenu comme référence dans le rapport.
Pour atteindre cet objectif, le think tank recommande notamment de réduire les différences entre les taux de change officiel et parallèle. Cette évolution permettrait de rendre les opérations bancaires plus intéressantes pour les Algériens résidant à l’étranger.
CARE préconise également la création de comptes d’épargne en devises adaptés aux besoins de la diaspora. Ces produits financiers auraient pour objectif de faciliter la conservation et la gestion des fonds transférés depuis l’étranger.
Le rapport propose aussi de développer des instruments d’investissement permettant aux expatriés algériens de participer plus facilement au financement de projets économiques dans leur pays d’origine. Ces recommandations visent à renforcer la mobilisation de l’épargne extérieure et à favoriser son orientation vers les entreprises nationales.
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La diaspora algérienne, un levier de financement pour les startups
Au-delà des transferts d’argent, le rapport met en avant la contribution des Algériens établis à l’étranger au développement de l’entrepreneuriat national. Selon une estimation citée par CARE, environ 15 % des startups algériennes comptent au moins un cofondateur issu de la diaspora. Cette proportion illustre la participation de professionnels expatriés à la création et au développement d’entreprises en Algérie.
Leur implication peut notamment faciliter l’accès aux nouvelles technologies, aux financements et aux marchés internationaux. Les entrepreneurs installés à l’étranger disposent également de réseaux professionnels susceptibles d’accompagner les entreprises algériennes dans leurs activités. Le think tank recommande ainsi de renforcer les dispositifs permettant aux membres de la diaspora d’investir dans les startups et de contribuer au développement de nouveaux projets.
Cette approche repose sur une mobilisation plus large des ressources disponibles à l’étranger, associant investissements financiers, accompagnement des entrepreneurs et partage d’expertise. Pour CARE, l’enjeu consiste à mieux intégrer la diaspora dans le développement économique algérien, en favorisant à la fois les transferts par les canaux bancaires, l’investissement productif et la circulation des compétences.
