Unanimes à penser que les difficultés que traverse l’économie algérienne sont majeures, les experts du secteur proposent plusieurs approches pour solutionner la crise. L’économiste Smaïn Lalmas, connu pour son implication dans le Hirak, considère que la solution à la crise économique réside avant tout dans une solution à la crise politique que connaît le pays. Il s’est exprimé dans une interview donnée au journal El Watan, samedi 25 avril.

Ainsi, l’économiste revient dans son analyse sur les origines de la crise économique. Il considère que « la tempête économique, entraînée par la pandémie de coronavirus et la guerre des prix du pétrole, lancée par l’Arabie saoudite et la Russie, et à laquelle s’ajoute la crise politique inédite que traverse l’Algérie depuis, notamment, le 22 février 2019, a montré une fois encore la vulnérabilité et la fragilité de notre économie ». Il souligne que « tout le monde sait que plus de 95% des exportations de l’Algérie proviennent des hydrocarbures, cette hyper-dépendance à la rente pétrolière la met dans une situation très critique. Il faut rappeler que la loi de finances 2020 tablait sur un baril à 50 dollars pour une croissance de 1,8% ».

Vers la dévaluation du dinar

Smaïn Lalmas estime que le prix référentiel du baril, pris en compte dans la loi de finances, « va bien sûr nous conduire vers une aggravation du déficit budgétaire et de la balance commerciale, une érosion rapide de nos réserves de change, un net recul des investissements, perte d’emplois, une forte inflation avec une dévaluation conséquente du dinar ». Il révèle qu’« au bout du compte, ce n’est qu’une suite logique de la récession économique qui avait déjà commencé lors du premier trimestre 2018. Nous constatons, par ailleurs, les mauvaises pratiques qui sont toujours d’actualité avec l’absence d’un plan d’urgence à la hauteur de cette crise multidimensionnelle ».

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Le problème est surtout et avant tout politique

L’économiste revient sur le piège du "tout hydrocarbures" et de l’économie rentière. Il estime qu’«aujourd’hui, le constat est connu, il faut plutôt parler de l’Algérie de demain, de l’Algérie de l’après-corona, qui doit être complètement différente de l’Algérie d’aujourd’hui, qui est synonyme de l’échec sur tous les plans. Les solutions sont connues, très souvent abordées par des responsables et spécialistes, à savoir diversifier l’économie pour sortir de cette dépendance aux hydrocarbures, réduire donc la part du pétrole dans le PIB et développer l’attractivité de l’Algérie ».

Smaïn Lalmas pense que «pour le cas de l’Algérie, le problème est surtout et avant tout politique, la solution économique ne peut être réalisable sans la solution politique nécessaire pour accompagner le grand virage vers cette nouvelle Algérie dont nous rêvons tous. Il serait suicidaire de continuer de vivre avec nos échecs sans en profiter pour rebondir et nous améliorer ». L’économiste considère que le plan établi par le gouvernement pour diminuer les importations est insuffisant. Il préconise d’élaborer « un plan des importations qui ne devrait pas dépasser les 20 milliards de dollars, mais ce, en concertation avec les secteurs productifs et les importateurs ».

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Il faut récupérer l’argent de l’informel et l’argent volé

Smaïn Lalmas soutient qu'à cette crise, il faut explorer plusieurs solutions. Il préconise, entre autres, de « capter l’argent de l’informel qui représente plus de 50% de notre économie, d’après des responsables et spécialistes ». L’économiste appelle aussi les responsables à envisager sérieusement « la récupération de l’argent du peuple volé par la mafia politico-financière restée au pays et rapatrier les capitaux transférés à l’étranger, investis en biens palpables ou en capitaux placés dans des paradis fiscaux ».

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