L'expert en économie et finance Nabil Djemaah estime que la flambée des cours de l'euro sur le marché noir est due aux déclarations des pouvoirs publics. L'économiste, qui s'est exprimé dans une interview au journal El Watan, parue ce dimanche 20 décembre, a expliqué la hausse des taux de change dans le circuit informel par les déclarations des pouvoirs publics début décembre, qui ont laissé entendre que dans 15 jours, il y aurait ouverture du passage aérien et des frontières.

L'expert a révélé que suite à ces annonces, « les cambistes se sont tout de suite préparés : après que 1 euro faisait 190 DA, il a augmenté à 208 DA ». Il a ajouté qu'« il y a aussi les déclarations sur l’importation des véhicules neufs de moins de trois ans » qui ont contribué à la flambée de l'euro.

Nabil Djemaah affirme aussi que d'autres phénomènes contribuent à cette flambée. « Je pense particulièrement à la fuite des capitaux. Il ne faut pas avoir peur de le dire : alors qu’il y a une paralysie de l’économie algérienne, les gens qui ont amassé de l’argent sur le marché algérien se préparent pour se sauver suite au problème politique du pays. Certains achètent la devise pour la fuite des capitaux vers l’étranger. Même la Banque centrale a déclaré cela », explique l'expert. Il a ajouté que « la déclaration négative du ministre des Finances, qui dit qu’on ne va pas ouvrir les bureaux de change. Cela veut dire que l’Etat n’est plus capable de mettre sur le marché des devises pour les Algériens ». 

Le marché noir est voué à disparaître

L'expert en économie a, par ailleurs, affirmé que le marché noir « n’a plus de beaux jours devant lui parce que le FMI et la Banque mondiale n’acceptent pas ces circonstances. Normalement, si on va adhérer à l’OMC, il doit disparaître ». Il explique que « les fondements du taux de change en Algérie de la Banque centrale, tels que définis dans les années 1980 et 2000, stipulent que le dinar algérien est flottant par rapport à quatre fondements : la croissance économique, le prix du pétrole, la concurrence de l’économie algérienne par rapport aux économies étrangères et l’inflation et la situation de la balance des paiements ». 

L'expert souligne qu'« alors que les fondements étaient positifs dans les années 2006/2008, les autorités financières et monétaires n’ont pas réévalué le dinar algérien. Le baril était à 140 dollars, la croissance hydrocarbure et hors hydrocarbure était de 6 à 7% et la balance de paiement était de 200 milliards de dollars ». Il ajoute qu'« on a fait une erreur, il ne fallait pas adhérer au processus du flottement du dinar. Après 7 ans de crise, chaque année, on consomme 28 milliards de dollars de réserve de change (2015-2020). C’est un problème de gestion et de dilapidation des devises ».

« La Banque d’Algérie n'est plus autonome »

Nabil Djemaah révèle que la Banque d’Algérie n'est plus autonome. Elle est gérée, selon lui, suivant des instructions politiques. « Du 1er décembre 2019 au 1er décembre 2020, le dinar a été dévalué de 50%. On continue d’appliquer les orientations du FMI et de la Banque mondiale », affirme-t-il. L'expert souligne également que le marché noir des devises n'est pas seulement réservé aux Algériens. « Les grands groupes étrangers sont en train de la faire, et même les ambassades (Chinois, Turcs). Personne ne les contrôle », a-t-il déclaré.

Enfin, l'expert prévoit un taux de change qui peut aller jusqu’à 250 dinars pour un euro. Il conseille aux autorités de « ne pas faire de déclaration à l’encontre du consommateur algérien, ce qui risque d’enflammer les cours ».

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