En berne depuis le début de la pandémie de coronavirus, le marché noir des devises en Algérie commence à se réveiller. En effet, les grandes places connues pour être la plaque tournante du marché noir, notamment le square « Port Saïd », à Alger, reprennent peu à peu leurs activités. Cette reprise est due à la remontée des cours de l'euro, ces dernières semaines.

Ainsi, la monnaie unique européenne, qui a repris avec sa tendance haussière, dépassant la barre symbolique des 200 DA pour un euro, a incité les cambistes à reprendre leurs activités sur les places publiques. Lundi 21 décembre, l'euro s'échangeait sur le marché informel des devises à 213 DA. Quant au dollar, il vaut désormais 174 DA.

Le square Port Saïd renoue donc peu à peu avec les opérations de change. Les cambistes affirment que « la demande de devises retrouve des couleurs avec l’espoir que les compagnies aériennes reprennent un peu d’air dans les prochaines semaines. C’est ce qui explique, en partie, le flux des demandeurs de devises de ces derniers jours ».

L’arrêt des activités donne naissance à d'autres moyens de change sur le marché noir

L’arrêt des activités des marchés noirs a donné naissance à d'autres moyens de change. Les cambistes se sont modernisés. Certains se sont rabattus sur le change en ligne, tandis que d'autres ont continué à opérer leurs transactions par téléphone. En parallèle, de véritables banques du marché noir ont vu le jour. Il s'agit d'un travail d'équipe entre cambistes installés en France et d'autres en Algérie. Les dinars sont « prêtés » en Algérie contre des euros encaissés en France, grâce à des réseaux reliant des cambistes des deux pays.

Le marché parallèle, un danger pour les équilibres macro-économiques

Pendant que le marché noir des devises s'adapte aux situations d'urgence et se modernise en utilisant de nouveaux moyens technologiques, l'économie nationale, elle, souffre. La défiance qui s’installe par rapport au dinar qui s'effondre sur le marché officiel favorise les transactions sur le marché informel.

Ainsi, l’euro et le dollar sont devenus une valeur refuge. Cette défiance ne fait que renforcer le marché parallèle qui semble désormais échapper à tout contrôle, compte tenu des niveaux de sophistication qu’il a atteints, mais aussi des montants qu’il brasse annuellement sans qu’aucune parade lui soit prescrite. Cette situation a été citée dans le rapport du Fonds monétaire international (FMI).

Ce dernier révèle que « l'existence du marché parallèle complique la gestion macroéconomique, car elle alimente les anticipations inflationnistes, fausse la formation des prix et affaiblit les canaux de transmission de la politique monétaire ». Le FMI préconise « l’ajustement progressif du taux de change officiel, le relèvement des plafonds indicatifs des montants en devises que les voyageurs peuvent emporter et l’assouplissement des restrictions aux importations pourraient réduire l’ampleur du marché parallèle, mais ne suffiraient pas à l’éliminer ».

En savoir plus : Algérie Bourse – Devises et taux de change du dinar algérien