Le conflit entre la Russie et l'Ukraine est sujet à des analyses et des lectures contradictoires. Il fait remonter des conflits idéologiques qui trouvent origine dans la Guerre froide. Nous réservons un espaces aux contributions de nos lecteurs ; des contributions qui ne reflètent pas la ligne de notre journal et n'engagent que leurs auteurs. Pour cette premier nous publions la contribution de Abdelmalek Menari, président du Mouvement Jeunesse Eveillée (MJE).

Les origines du conflit ukrainien

La guerre n’a jamais été souhaitable, mais ce scénario était malheureusement prévisible. En Ukraine, à Taïwan ou dans bien d’autres régions, ce n’était qu'une question de temps avant qu’un conflit n’éclate. La politique expansionniste de l’OTAN, qui se rapproche dangereusement des nations qui lui sont hostiles, ne pouvait mener qu’à un mécontentement et à une riposte des concernés.

La Russie ne veut pas d’équipements militaires de l’OTAN à ses frontières et c’est tout à fait légitime. Si les Russes avaient installé des bases militaires au Mexique ou à Monaco, comment auraient réagi les Occidentaux ? La Russie a prévenu qu'elle se sentait menacée par ces installations à ses frontières, ainsi que par la volonté des alliés d’intégrer l’Ukraine à l’OTAN. Les nouvelles technologies militaires associées à un accès terrestre sont préjudiciables à celui qui les subit : Depuis plus de 15 ans, la Russie met en garde la communauté internationale quant aux hostilités répétées autour de son territoire : En effet, bien avant l’Ukraine, le projet de bouclier militaire européen qui empiétait sur le territoire russe avait déjà créé de vives tensions.

Les alertes lancées par la Russie pour l’arrêt de cette expansion militaire n’ont malheureusement pas trouvé d’échos, menant aujourd’hui à une crise majeure ; les Américains n’ont pas accepté de retirer leurs installations militaires d’Ukraine [Note de la rédaction : Il n'y a jamais eu aucune installation militaire américaine sur le territoire ukrainien] et de mettre fin au processus d’adhésion à l’OTAN. La percée de l’OTAN en Estonie, Lituanie et Lettonie, pays de l’ex-URSS, faisait déjà résonner le bruit des bottes : Que font les USA en Europe de l’Est ? Il n’y a ni guerre ni conflit, alors pourquoi y installer des équipements militaires ? Pourquoi forcer ces nations à rejoindre l’OTAN ? Si il n’y a pas de guerre, installer des bases militaires revient à en préparer une !

La source de cette crise est l’OTAN et la vision du monde qu’elle cherche à imposer. Pourquoi l’OTAN n’est pas sous la tutelle de l’ONU ? Comment une organisation militaire mondiale peut-elle agir de ses propres initiatives ? L’OTAN ne représente ni un peuple ni un continent et elle est indépendante des décisions onusiennes, elle a son propre planning d’expansion et de manœuvres militaires, avec pour unique mission de défendre les intérêts de ses membres ! Une aberration ! C’est devenu un « cercle militaire privé » qui échappe à tout contrôle et qui ne représente que les intérêts de ses adhérents, au détriment de ceux qui n’en sont pas membres ; c’est une organisation militaire dangereuse pour la paix mondiale.

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L’OTAN a été créée dans l’espoir de maintenir la paix mondiale mais au fil des années, elle a pris la forme d’un gang armé qui s'agrandit et se déplace selon ses intérêts. Se sentant menacée et après de nombreux appels, la Russie s’est alors engagée à « démilitariser » elle-même ce territoire et intervient finalement dans une approche défensive.

C’était prévisible, les initiatives de l’OTAN de s’installer aux portes de la Russie, de la Chine et à travers toute planète allaient entraîner des répercussions. L’OTAN est allée jusqu’à intégrer la Mongolie [Note de la rédaction : la Mangolie n'a jamais intégré l'OTAN] en 2021 dans l’objectif de réaliser des manœuvres militaires à la frontière chinoise, alors que les mongoles vivent en paix. Ce sont des provocations inutiles et sources de conflits.

Cela démontre toute la perversion qu’a subi cette organisation militaire, loin du maintien de la paix pour lequel elle a été créée. Nous sommes sensibles au principe de non-ingérence et à la souveraineté des peuples, mais l’Ukraine nous a démontré qu’elle n’agissait pas en nation souveraine. Une Ukraine souveraine et en paix ne rejoindrait pas une organisation étrangère pour pointer des équipements militaires en direction de son géant voisin, la Russie. Au contraire, elle en ferait un allié stratégique et profiterait de ses richesses minières et de son savoir-faire technologique pour se développer.

Ouverte sur le marché européen, l’Ukraine serait en capacité de connaître un essor remarquable. Mais c’est tout l’inverse, au lieu de s’industrialiser et de multiplier les partenaires économiques, l’Ukraine préfère installer des bases militaires à la frontière avec son voisin. Elle démontre qu’elle n’agit pas pour son propre intérêt, mais pour celui d’une puissance, dans une lutte qui la dépasse. Les fondements de la souveraineté ne sont donc pas respectés. Les répercussions sur l’équilibre mondial : Cette crise marque un tournant dans l’histoire.

Les États Unis, jusqu’alors unique superpuissance, sont allés beaucoup trop loin dans leur politique expansionniste, créant une rupture au sein même de l’alliance transatlantique. Même si à l’heure actuelle, les alliés forment une union de façade, il n’en résulte pas moins une méfiance qui se renforce de plus en plus vis-à-vis de l’allié américain, car dans la projection américaine, c’est l’Europe qui paie intégralement les conséquences de cette guerre, alors que les Américains profitent d’un monopole économique sur le marché ukrainien depuis des décennies. Plus encore, cette crise n’est rentable et profitable économiquement qu'aux États-Unis, les seuls dont l’intérêt est de la voir perdurer.

Impact économique de la Guerre en Ukraine

La suspension du Gulf Stream 2 et de l’acquisition du gaz russe par les européens mène d’abord à l’augmentation du prix des hydrocarbures. Qui en paie le prix ? L’Europe, qui en plus de devoir trouver une alternative énergétique, a la garantie qu’elle lui sera plus coûteuse. À l’inverse, les USA, s’assurant d’un maintien élevé du tarif des hydrocarbures, pérennisent leurs gisements de gaz de schiste, dont le seuil de rentabilité est le plus élevé au monde.

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Mieux encore, ils émettent le vœu d’écouler cette production en Europe, qui vient de perdre son principal fournisseur, la Russie. Pour les États-Unis, plus le prix du baril est haut, plus le coût d’extraction et de transport en méthaniers sera amorti. Aussi les américains voient son industrie booster par la demande d’équipements militaires de ses alliés.

Impact humanitaire de la Guerre en Ukraine

Les déplacements de réfugiés n'impactent que l’Europe. Pour fuir la guerre, les ukrainiens ne se dirigeront pas vers la Floride, comme ce fut aussi le cas pour les autres guerres américaines. Les afghans, irakiens et syriens n’ont pas échoué sur les plages californiennes mais bien en Europe occidentale. Le poids humanitaire est supporté intégralement par les européens, ce qui à leurs yeux commence à faire beaucoup.

Impact politique de la Guerre en Ukraine

L’abandon de l’Ukraine à son triste sort par les alliés résonne à travers toute la planète comme un échec politique et militaire des USA et de l’OTAN et démontre la fébrilité de l’alliance transatlantique. Les américains parcourent le monde en promettant soutien et sécurité mais aujourd’hui ils viennent de prouver qu’ils n’ont pas la capacité de soutenir et d’assurer la sécurité d’un seul allié, l’Ukraine, qui avait pourtant abandonner sa souveraineté au profit de l’oncle Sam. En revanche la Syrie, partenaire russe, a trouvé un allié solide qui lui a permis de se relever d’une guerre qui la destinait à suivre le chemin de l’Irak et de la Libye. Désormais, la protection absolue des américains est révolue. Ils ont aussi prouvé à leurs alliés que seuls leurs propres intérêts comptent. Les répercussions sur l’Algérie Bien que nous soyons spectateurs de ce conflit, cette guerre aura des conséquences et des répercussions importantes sur notre nation. L'Algérie connaît bien cette situation pour l’avoir elle-même vécu, l’OTAN ayant profité de la fébrilité économique de la Tunisie pour l’intégrer à ses partenaires et y implanter une base militaire à la frontière algérienne. L’Algérie avait condamné cette décision. Il faut comprendre que ces manœuvres doivent cesser à travers le monde.

Impact de la guerre en Ukraine sur l'économie algérienne

La suspension du Nord Stream 2 et de l’approvisionnement en gaz russe poussent les européens à trouver d’autres alternatives pour s’approvisionner en énergie, et le seul potentiel fournisseur stable à proximité est l’Algérie. Cela va entraîner une augmentation importante des exportations d’hydrocarbures vers l’Europe et donner des ailes aux différents projets énergétiques transsahariens. Cela induit une augmentation des recettes de l’État et un renforcement de la dynamique énergétique continentale. Cette crise va certes augmenter le coût des matières premières comme les céréales ou d’autres produits de large consommation que l’Algérie importe, mais en parallèle les recettes de l'État vont largement augmenter jusqu’à se décupler dans une dynamique continentale.

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La guerre en Ukraine, vue par l'Algérie et l'Union africaine

Pour Alger, l'invasion de l’Ukraine donne un nouveau souffle à la lutte idéologique de notre temps. La planète vient de se rendre compte qu’il ne suffit pas d’être les partenaires des États-Unis pour se permettre des actions hostiles en toute impunité. Ce message est une onde de choc qui vient aujourd’hui résonner jusqu’à nos frontières.

Le Maroc et Israël tentent de persuader les nations africaines de les soutenir en échange d’un partenariat avec États-Unis. Il s’affichant comme des nations influentes dans la sphère de la superpuissance américaine. Cette vision du monde vient de s'effondrer. Les Américains viennent d’abandonner leur propre allié, leur partenaire direct, n’assurant ni sa sécurité ni sa pérennité. Au contraire, ils ont retiré leurs troupes. Le précieux sésame que faisaient miroiter le Maroc et Israël en Afrique vient de s’effondrer.

Quelle solution pour le conflit en Ukraine ?

La résolution du conflit réside dans le dialogue et la compréhension des préoccupations de chacune des parties. La Chine est l’unique médiateur crédible à pouvoir réunir tous les acteurs du conflit et certains préalables pour un apaisement et une paix durable sont nécessaires.

  1. Cessez-le-feu
  2. Démilitariser l’Ukraine
  3. Abandonner le projet d’intégration de l’Ukraine à l’OTAN
  4. Retrait des troupes russes
  5. Période de transition pour la réconciliation et la réunification des ukrainiens dans un projet démocratique commun
  6. Intégration de l’OTAN à l'ONU ou dissolution de cette organisation militaire

Conclusion sur le conflit ukrainien

Nous ne répondrons pas à l'appel des sirènes qui veulent que la responsabilité de ce conflit soit intégralement portée par la Russie. Cette crise est bien plus profonde ; elle prend racine dans la politique expansionniste d’une force armée indépendante qui ne répond qu’aux besoins de prédation de ses adhérents : l’OTAN.

Lorsqu’une force intervient uniquement dans l’intérêt d’une minorité, d’autres forces se forment naturellement pour ne pas subir la prédation de la première. C’est ainsi que naissent différentes organisations militaires et des tensions à travers toute la planète. Pour la préservation de la paix mondiale, il sera nécessaire que l'OTAN soit sous la tutelle de l’ONU ou qu’elle soit dissoute au profit d’une nouvelle force ; celle des Nations Unies.

L’ONU ne doit plus donner de mandats à des organisations militaires indépendantes et doit assurer elle-même la paix en déployant ses propres forces. Une réforme profonde du système de sécurité mondiale est nécessaire. Le défi majeur du 21e siècle sera de limiter les activités militaires au strict maintien de la paix.

Alger, le 26/02/2022, P/Bureau, après consultation des instances
Abdelmalek Menari, président du Mouvement Jeunesse Eveillée (MJE)