L’Espagne s'est alignée sur la proposition marocaine à propos du Sahara occidental. L'Algérie a rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultation. Les événements s’accélèrent dans un contexte de tensions régionales et la décision espagnol est considérée par l’Algérie comme une trahison. Considérée comme très bonnes, les relations diplomatiques entre les deux pays entrent alors dans une spirale de tensions.

Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche méditerranéen à Genève, s'est exprimé sur la nouvelle donne dans le bassin méditerranéen. Il a affirmé dans une interview accordée au journal Liberté que le ralliement de l'Espagne à la cause marocaine signifie que « les relations bilatérales [entre l'Espagne et l'Algérie] entrent dans une zone de turbulences ».

Ainsi, pour Hasni Abidi, la décision espagnole sur le Sahara occidental est « une décision qui est loin d’être prise à la légère. Elle est mûrement réfléchie par les autorités espagnoles, qui ont dû peser le pour et le contre avant de prendre une telle décision importante dans leurs rapports avec le Maroc, mais aussi l’Algérie ».

La balance est en faveur du Maroc

Concernant les motivations espagnoles, le directeur du Centre d'études et de recherche méditerranéen à Genève explique qu'« il se trouve aujourd’hui que la balance est en faveur du Maroc pour plusieurs raisons. La première est que l’Espagne ne voulait surtout pas revivre l’épisode d’avril 2021, avec l’arrivée massive des migrants venus du Maroc et utilisés par Rabat comme levier de pression sur l’Espagne ». Il ajoute que « le deuxième élément est lié à l’évolution de la situation dans la région, marquée par des changements importants, en faveur du Maroc, et en rupture avec le statu quo prédominant jusqu’ici ».

Hasni Abidi indique que « l’Espagne, dans ce contexte, ne pouvait qu’opter pour un alignement sur la solution marocaine, emboîtant le pas donc aux États-Unis et à plusieurs monarchies du Golfe. Le troisième élément est bien entendu lié aux tractations précédentes sur le gaz algérien. Madrid n’était pas favorable à l’arrêt du gazoduc algérien qui traverse le Maroc, considérant que cela allait réduire drastiquement le flux gazier venant de l'Algérie ».

L'Algérie pourra réduire le volume de gaz exporté vers l'Espagne

Par ailleurs, l'expert prévoir des conséquences sur plusieurs plan. Premièrement, « les conséquences seront directes ; d’abord sur le plan interne à l’Espagne. Le gouvernement actuel est mis sous pression. Il faut rappeler qu’il y a une partie de la société espagnole (société civile et partis politiques représentés au Parlement) qui considère que la solution au conflit entre le Maroc et le Sahara occidental passe par la décolonisation, une option dictée par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, rejetant donc la voie marocaine plaidant pour une autonomie des territoires sous souveraineté marocaine », explique le directeur du centre d'études et de recherche méditerranéen.

Cet alignement aura également des conséquences sur l’Algérie. Hasni Abidi  affirme que « l’Algérie craint que ce soutien à l’autonomie fasse tache d’huile et provoque une série d’approbation et de reconnaissance de la part d’autres pays européens et non européens qui vont plutôt s’aligner sur l’approche marocaine. De son côté, Alger peut être amenée à prendre des mesures de rétorsion contre l’Espagne, avec comme première décision la réduction des volumes d’échanges notamment en matière de gaz naturel ».

Après la décision espagnole, Hasni Abidi estime que « l'Algérie ne pouvait rester sans réagir. Le rappel de son ambassadeur à Madrid est une réponse directe et franche. Elle signifie la mauvaise humeur d’Alger. Elle signifie aussi que les relations bilatérales entrent dans une zone de turbulences qui n’est pas loin de rappeler l’épisode malheureux des relations entre Alger et Paris ».

L'expert souligne que « l’Algérie doit aussi manœuvrer avec beaucoup de mesure dans sa réaction et montrer qu’elle reste un fournisseur en gaz stable et fiable et que la question de l’exportation du gaz n’obéit pas à des mauvaises humeurs passagères des autorités algériennes pour rassurer ses clients en continuant de promouvoir l’image d’un pays crédible sur les marchés internationaux dans une conjoncture mondiale crisogène et très difficile ».