Un imam algérien, ancien détenu au Guantanamo, a été condamné, vendredi 17 juin en France, à 10 ans de prison ferme. Saber Lahmar, qui a été innocenté à son retour de la prison de Guantanamo en 2009, s’est vu rattraper par la justice française pour prêches incitant au départ au djihad. Le tribunal correctionnel de Paris estime que l’imam algérien a joué « un rôle actif » dans les départs de djihadistes français vers l’Irak et la Syrie.

Le procès de Saber Lahmar, cet imam algérien rapatrié en 2009 en France depuis la prison de Guantanamo, s’est ouvert le 10 mai dernier au tribunal correctionnel de Paris. Celui qui avait officié durant plusieurs années comme imam à Bordeaux a été poursuivi pour une affaire liée au terrorisme. Le tribunal de Paris l’a condamné vendredi 17 juin à dix ans de prison ferme et une interdiction définitive du territoire français, pour avoir incité plusieurs candidats au djihad à des départs en Irak ou en Syrie.

Né en 1969 en Algérie, Saber Lahmar fait une licence en sciences islamiques et, selon la justice, devient membre du Groupe islamique armé (GIA) sévissant durant les années 90 en Algérie. Il part ensuite terminer ses études en Arabie saoudite, avant de rejoindre la Bosnie-Herzégovine où il travaille entre 1996 et 2001, dans une grande mosquée de Sarajevo considérée comme un lieu de rassemblement d'islamistes.

L’imam algérien reconnu coupable d’avoir incité plusieurs candidats au djihad en Irak et en Syrie

Les autorités de la Bosnie le livrent aux Américains début 2002 avec cinq autres Algériens, soupçonnés d'avoir fomenté un attentat contre l'ambassade des États-Unis. Incarcéré à Guantanamo durant près de 7 ans, Saber Lahmar a fini par être innocenté en 2009. Il ralliera finalement la France le 1er décembre 2009, sur décision de l’ancien président français Nicolas Sarkozy.

Dès son retour en France, Saber Lahmar va officier comme imam à la mosquée de Saint-André de Cubzac, à Bordeaux. Il officiera aussi dans une salle de prière clandestine située au-dessus du restaurant de Mohamed H., qui est également coaccusé dans la même affaire jugée le 8 mai dernier. Selon l’arrêt de renvoi, l’ancien détenu de Guantanamo usait de propos très violents lors de ses prêches. Il s'en prenait « aux juifs » et appelait à « tuer les apostats et au martyre ».

Le  tribunal correctionnel de Paris a retenu contre Saber Lahmar des prêches et des propos « où il justifiait le départ en Syrie et en Irak, établis par des enregistrements ou des témoignages de proches », ainsi que « des conversations avec les personnes parties sur zone, après leur départ ». Au cours de l’audience, Saber Lahmar a reconnu avoir été radicalisé avant « un réel cheminement d’introspection ».