L’affaire dite « Pegasus », qui a longtemps défrayé la chronique, continue de susciter réactions et controverses. Considérée comme l’une des plus « grosses » affaires d’espionnage de ces dernières années, elle a, à divers degrés, détérioré les relations du Maroc avec certains de ses voisins. Cependant, avec l’Espagne, ce fut une détérioration accompagnée d’un « désir anticipé de pardon ». Aujourd’hui, la hache de guerre semble être enterrée, mais rien n’assure que Pegasus n’est plus fonctionnel.

La récente rencontre entre Esperanza Casteleiro, directrice du Centre national de renseignement (CNI) espagnol, et son homologue marocain, Abdelatif Hammouchi, à Rabat, il y a un peu plus d’une semaine, est un signe que l’Espagne voudrait bien tourner la page de Pegasus. Selon des médias marocains, elle aurait même mis fin aux désaccords entre les deux pays sur l’espionnage dont étaient victimes des membres du gouvernement espagnol. La rencontre, à croire les mêmes médias, aurait été saluée par les services secrets espagnols, qui estimeraient que par cet acte les deux parties ont renouvelé leurs liens d’amitié et de coopération en matière de renseignement. « Ces visites sont fréquentes, mais cette fois-ci, ils veulent mettre fin à tout ce qui est cette affaire d’espionnage et ouvrir une nouvelle étape de la coopération », soulignent les médias marocains qui citent comme source les services secrets espagnols.

Espionnage : Pegasus est-il toujours opérationnel ?

Rappelons que l’affaire Pegasus, du nom du logiciel d’espionnage utilisé pour pirater les téléphones de hauts responsables, a pris des proportions inégalées. Pedro Sanchez et plusieurs ministres espagnols, dont Margarita Robles de la Défense ou Fernando Grande-Marlaska de l’Intérieur, ont en été victimes. Ce qui a aussi été le cas de plusieurs responsables français et algériens. Même des proches de la famille royale n'auraient pas été épargnés. Des voix s’étaient alors élevées pour mettre le Maroc face à ses responsabilités, quand d’autres ont demandé de ne pas associer le royaume marocain à ces magouilles. C’est le cas du ministre espagnol de l'Intérieur qui, en plein scandale, avait confirmé la stratégie du gouvernement espagnol consistant à disculper le Maroc en dépit des doutes qui pesaient sur lui.

Aujourd’hui, même si l’on parle peu de l’affaire Pegasus, il est difficile de dire si « le programme » se poursuit ou non. D’ailleurs, pas plus loin que le mois de juillet de l’année en cours (2022), Amnesty International est revenue sur le sujet. « Un an après les révélations concernant le Projet Pegasus, l’absence de moratoire mondial sur la vente de logiciels espions permet au secteur de la surveillance de poursuivre ses activités de façon incontrôlée », a-t-elle écrit. L’ONG de défense des droits de l'Homme a accusé le Maroc, sans le citer, de continuer à utiliser ce logiciel d'espionnage, regrettant que rien n'ait été fait pour arrêter son utilisation.