Le meurtre de Lola, jeune collégienne de 12 ans, vendredi dernier à Paris, a offert une opportunité à l'extrême droite de remettre en cause la politique d'immigration du gouvernement français, et – par la même occasion – défausser sur tout ce qui a une relation avec l'immigration, en ciblant les Algériens. C'est le cas de la chef de file de l'extrême droite, Marine Le Pen, qui suggère carrément la remise en cause des accords de 1968 signés entre les gouvernements français et Algériens.

Le 27 décembre 1968, le gouvernement algérien et celui de la République française ont signé des accords portant sur la circulation, l'emploi et le séjour des ressortissants algériens et de leurs familles en France. Appelés « Accords de 1968 », ce document – toujours en vigueur – a une portée supérieure au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Ce qui fait que les ressortissants Algériens sont traités d'une manière différente des autres étrangers en matière de circulation, de l'emploi et de séjour en France. Cette exception n'est d'ailleurs pas toujours en faveur des Algériens, comme l'explique maître Fayçal Megherbi, avocat au barreau de paris, dans sa contribution « Accord franco-algérien de 1968 : un accord figé dans le temps et dépassé ».

Les Accords de 1968, qui ont subi quelques modifications à la suite des consultations entre les gouvernements des deux pays, restent toujours aux yeux des Algériens de France un « acquis » non négligeable, notamment en matière de séjour et de travail. Ces accords sont perçus comme une protection pour les ressortissants algériens en cas d'abus à leur égard de la part de l'administration française.

Mais depuis quelques années, plusieurs voix s'élèvent en France pour réclamer la révision du contenu des Accords de 1968. Ces voix proviennent principalement de l'extrême droite et sont allées jusqu'à demander l'annulation de ces accords. C'est le cas de Marine Le Pen, qui a déclaré ce jeudi 20 octobre vouloir « remettre en cause les Accords de 1968 », tout en conditionnant l'obtention de visas pour les Algériens au « respect absolu » des OQTF.

« J'aimerais savoir ce qui a été décidé par Madame Borne en Algérie », demande Marine le Pen

Invitée hier 20 octobre sur Europe 1, la chef du RN, Marine Le Pen, a été questionnée sur la problématique de l'immigration clandestine en France et sur les difficultés rencontrée par le gouvernement de son pays à faire expulser les migrants sans-papiers visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Sans détours, Marine Le Pen a directement fait le lien avec l'Algérie en évoquant le contexte de l'affaire de la jeune Lola, dont la mise en cause est une ressortissante algérienne en situation irrégulière.

« On est dans une situation avec une personne de nationalité algérienne, Madame Borne vient de rentrer d'Alger où elle est partie avec 15 ministres, un mois après la visite d'Emanuel Macron. On peut poser des questions ou on n'a pas le droit ? Quid des laissez-passer consulaires ? » s'est interrogée Marine le Pen. « J'aimerais savoir ce qui a été décidé par Madame Borne en Algérie, quel est le niveau de visas que la France s'est engagée à accorder ? » ajoute-t-elle.

Marine Le Pen souhaite « remettre en cause » les Accords de 1968 entre la France et l'Algérie

Et à Marine Le Pen d'affirmer que « dans les 6 premiers mois de 2021, sur 7780 OQTF à destination de l'Algérie, seules 22 expulsions ont été effectuées, c'est-à-dire 0,2 % des obligations de quitter le territoire que nous avions réclamé à l'Algérie ont été exécutées ». Questionnée sur ce qu'elle aurait à dire au Chef de l'État algérien Abdelmadjid Tebboune à ce sujet si elle était présidente de la France, Marine Le Pen répond : « Je dirais clairement que je souhaite remettre en cause les accords de 1967 (sic) passés entre l'Algérie et la France qui facilitent considérablement les flux entre nos deux pays ».

« Je dirai que je conditionnerai l'obtention des visas au respect absolu des obligations de quitter le territoire et donc à la délivrance de laissez-passer consulaires. Et qu'accessoirement, je réfléchirai à toutes ces sommes, ces subventions que nous accordons au développement de pays qui, en contrepartie, ne respectent pas le droit international », ajoute-t-elle.