Les petits territoires de Ceuta (19 km²) et de Melilla (12,3 km²), faisant partie « intégrante » du territoire espagnol, continuent de faire débat. Largement revendiquées par le Maroc et en proie à des assauts répétitifs de migrants, les deux localités ont récemment fait l’objet d’une demande assez audacieuse de l’Espagne : qu’elles soient protégées par l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Mais ladite organisation a tout simplement refusé.

En effet, le Royaume ibérique n’a pas réussi à convaincre l’OTAN d’assurer la protection de Ceuta et Melilla en cas d’attaque. Aussi, il n’a pas pu persuader l’Alliance de faire transiter ses navires par les ports de ces villes pour y effectuer des escales techniques ou des ravitaillements. Rappelons que, lors du sommet de l’OTAN à Madrid en début du mois de juillet 2022, le gouvernement espagnol avait préparé une feuille de route pour convaincre l’Alliance de protéger les deux territoires en question. Sauf que les États-Unis et le Royaume-Uni n’ont pas été favorables à un quelconque changement quant au statut des deux villes.

Le gouvernement espagnol a alors tenté de négocier pour que les flottes de l’OTAN effectuent des escales techniques et des ravitaillements dans les ports des deux villes, notamment de Ceuta. Mais l’OTAN a tout simplement refusé, arguant que ces opérations se font dans « d’autres ports » comme celui de Rota (Cadix). Ce refus, de l’avis des spécialistes, ne va pas manquer d’affecter les deux villes sur le plan économique. Pour preuve, l’on cite le fait qu’entre 2010 et 2018, la soixantaine d’escales de ravitaillement effectuée par les équipages des navires et sous-marins militaires russes à Ceuta a généré près de 5 millions d’euros à la ville.

Ceuta et Melilla : territoires occupés ?

Ce refus de l’OTAN est considéré par le Maroc comme une victoire diplomatique. En effet, le Royaume marocain a de tout temps considéré les deux villes comme territoires occupés. « Le Maroc n’a pas de frontières terrestres avec l’Espagne ». C’est là, en effet, une précision faite par les autorités marocaines dans une réponse, datant du 9 septembre 2022, à une sollicitude du Haut-commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme portant sur les circonstances de la mort tragique, le 26 juin, de dizaines de migrants alors qu'ils tentaient d'accéder à Melilla. C’est d’ailleurs ce même drame qui a remis au goût du jour la question de la marocanité ou l’espagnolisé des deux villes. Aussi, les assauts des migrants, pour la plupart subsahariens, sur les villes en question, ont alimenté le débat.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a, pour rappel, crûment réagi à l’affirmation marocaine. « Ceuta et Melilla sont l'Espagne, point final ! » a-t-il déclaré en date du 13 octobre 2022. C’est dire que les deux villes sont bien en mesure d’envenimer les relations diplomatiques entre les deux pays qui ne sont déjà pas au top.