Les relations diplomatiques entre la France et le Maroc traversent une période de froid. Les analystes, politologues et politiciens, s'accordent sur ce constat, mais divergent sur les raisons ainsi que les solutions. C'est dans ce contexte que l'Institut d'études de géopolitique appliquée a publié une étude, le mardi 15 novembre, sur le statut du Royaume marocain ainsi que ses relations avec la France en particulier et l'Europe en général.

Ainsi, ce laboratoire d'idées et d'expérimentations d'intérêt général, dont l'objet est d'étudier les relations internationales et stratégiques, les enjeux diplomatiques et géopolitiques contemporains, analyse les relations marocaines avec la France et l'Europe. Dans cette étude intitulée « Le Maroc : quel statut vis-à-vis de la France et de l'Europe ?[1][PDF] Le Maroc : quel statut vis-à-vis de la France et de l'Europe ?, Institut EGA » dirigée par Manon Chemel et Alexandre Negrus, il est question des enjeux des relations géostratégiques dans un environnement compliqué.

Les auteurs de l'étude avertissent d'emblée que « la production de connaissances en relations internationales au sujet du Royaume du Maroc, si elle existe, est souvent redondante dans son contenu, et extrêmement polarisée entre enthousiastes et détracteurs ». Ils indiquent que « de nombreuses institutions publiques, mais également des centres de recherche privés, élaborent des travaux au sujet du Maroc et la démarche de cette étude n'est pas originale dans sa forme ».

Cependant, cette étude vise, sur le fond, à « prendre une certaine distance vis-à-vis des axes traditionnellement abordés au cours de colloques et dans nombre de communications écrites. La méthode employée vise à mettre en perspective les acquis du Royaume chérifien avec d'importants enjeux d'actualité, pour réfléchir avec pragmatisme et rigueur à l'avenir des relations entre le Maroc et la France ainsi qu'avec l'Union européenne ».

Le Maroc acteur majeur dans la lutte antiterroriste

L'étude, longue d'une trentaine de pages, revient sur l'historique des relations entre le Maroc et la France et aussi des mutations actuelles dues à la guerre en Ukraine. Elle met aussi en évidence le rôle du Maroc « comme l'un des pays pionniers dans la lutte antiterroriste ». Le Royaume a su, « par son approche multidimensionnelle […] depuis 2003, innover en matière de contre-terrorisme, prévention de la radicalisation et d'entrave à la menace sécuritaire en provenance de groupes comme al-Qaïda ou encore l'État islamique… les services de renseignement marocains et les différents acteurs de la lutte antiterroriste ont dû réadapter à la fois leur arsenal sécuritaire, judiciaire et préventif. En cela, le Maroc a su répondre à cette menace évolutive et apporter son concours à l'échelle internationale dans la neutralisation », peut-on lire dans cette étude.

Le conflit du Sahara occidental met la France devant un choix difficile

L'étude révèle que « le conflit du Sahara occidental, qui s'enlise, a des répercussions sur les relations entre l'Algérie et la France, cette dernière soutenant les revendications du Maroc et celles de
l'Espagne. La France, l'Espagne et les États-Unis sont, à des degrés divers, favorables au plan d'autonomie avancé par le Maroc ». Cependant , la France ne peut s'attirer les foudres d'Alger, notamment dans ce contexte de réchauffement de ses relations après une longue période de froid.

Ainsi, les rédacteurs de l'étude, qui sont a priori favorables aux thèses marocaines, soulignent que « de toute évidence, les intérêts des différents pays occidentaux et maghrébins empêchent de trouver un consensus, pourtant indispensable au développement économique de la région, mais également pour la lutte contre le terrorisme ».

Ils affirment que « les relations entre Paris et Alger seraient indéniablement tendues en cas d'une reconnaissance officielle par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara, soit un pas au-delà de la reconnaissance du projet de large autonomie comme solution "sérieuse et crédible" ». Dans ce cas, l'étude avertit qu'« une période de froid diplomatique suivrait, avec des conséquences que nul ne peut exhaustivement évaluer ».

« Les autorités françaises doivent donc travailler de façon pragmatique pour se projeter sur l'avenir de leurs partenariats stratégiques en Afrique du Nord et en Afrique en général », explique l'étude, qui, d'une autre côté, affirme qu'il « est évident que le Maroc est un partenaire de poids et il n'est pas inenvisageable que dans un avenir à l'horizon toujours incertain, la France franchisse le pas en s'alignant sur les positions de ses alliés américains et espagnols. Il n'est pas non plus incohérent d'imaginer la France faire valoir une position moins explicite, ce qui serait en revanche à son désavantage, car ne règlerait pas la situation et affecterait davantage ses intérêts à long terme. En définitive, il convient de ne pas s'enthousiasmer à l'idée d'un scénario relatif à la future position française, car de nombreux facteurs politiques et stratégiques s'entremêlent. Les scénarios pessimistes sont également à bannir ».

Les visas et la question migratoire

Ce rapport conclut en recommandant à la France de régler certains différends. « La question des visas ne doit pas continuer à prendre beaucoup d'espace dans les relations bilatérales entre la France et le Maroc[2]Des élus français appellent à dépasser la crise des visas avec le Maroc. Les autorités françaises et marocaines devront, dès lors, rapidement, régler cet épineux dossier qui entache une coopération plus large, qui est par ailleurs efficace, note ce rapport.

Ce rapport de l'Institut EGA affirme également que « le soutien de l'Union [européenne] sur la question migratoire doit faire l'objet de négociations pour réfléchir à des ajustements correspondant à la réalité du terrain d'un point de vue opérationnel. Une grille de lecture géoéconomique s'impose également, dans la mesure où le Maroc se positionne comme une puissance émergente, ambitieuse et dont la stabilité est une garantie pour la France et l'Union européenne ».