Sous OQTF, "un Tunisien" risque d'être expulsé vers l'Algérie

L'Obligation de quitter le territoire français (OQTF) est une procédure administrative appliquée aux étrangers en situation irrégulière en France. Dès qu'une OQTF est notifiée, la personne concernée risque l'arrestation, la détention en Centre de rétention administrative (CRA) et, au final, une expulsion vers son pays d'origine.

Cependant, la gestion de ces procédures peut se révéler particulièrement complexe, notamment lorsque la nationalité de la personne n'est pas clairement établie. C'est ce qu'a vécu un homme de 34 ans, soumis à une OQTF en 2023, contraint de faire des démarches auprès du consulat d'Algérie, alors qu’il ne cesse d’affirmer qu’il est Tunisien.

En effet, l'OQTF est un outil de la politique migratoire française, permettant d'expulser les étrangers en situation irrégulière. Toutefois, cette procédure suscite de nombreuses critiques, notamment lorsque les conditions de son application ne semblent pas respecter les droits fondamentaux des individus concernés. Dans le cas d'un ressortissant de 34 ans, le principe de l'OQTF a été mis à mal, non pas en raison de son statut irrégulier en France, mais à cause d'une confusion sur sa nationalité, ce qui complique le processus d' expulsion.

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Un interprète conclut qu'il est Algérien ?

Selon le site Lille Actu, cet homme, arrivé en France en 2020, a été placé sous OQTF en janvier 2023. En août 2024, il a été interpellé à Lille et placé en Centre de rétention administrative. L'objectif était de l'expulser vers l'Algérie. Cependant, une ambiguïté est apparue dès les premières démarches. L'intéressé affirme être Tunisien, un fait qu'il soutient à chaque étape de la procédure. Cependant, un interprète a été sollicité par la préfecture, et ce dernier a conclu que l'homme était Algérien. Cette conclusion a suscité de vives contestations, non seulement de la part de l'intéressé, mais aussi de son avocat.

Il faut dire que la détermination de la nationalité est cruciale pour garantir que l'expulsion se fera vers le pays d'origine réelle de la personne. Dans le cas de cet homme, la France aurait dû, en théorie, s'assurer de la véracité de la nationalité avant de prendre toute décision d'expulsion. L'individu, en l'occurrence, affirme qu'il est né en Tunisie et a quitté son pays natal pour le Maroc après le décès de son père.

Après l'OQTF, le dilemme du laissez-passer consulaire

Au lieu de permettre à cet homme de récupérer son passeport tunisien pour prouver sa nationalité, la préfecture a insisté pour que ses démarches d'identification se fassent auprès du consulat d'Algérie, ce qui a encore envenimé la situation. Une question primordiale se pose alors : dans quelle mesure les autorités françaises sont-elles habilitées à déterminer la nationalité d'une personne sans preuves tangibles et malgré les affirmations contraires de l'individu ? La décision de traiter cette personne comme un ressortissant algérien, sans tenir compte de ses déclarations, soulève des préoccupations sur la manière dont ces procédures sont appliquées.

Dans le cadre de cette mesure d'éloignement, l'obtention d'un laissez-passer consulaire est une étape incontournable pour permettre à l'étranger de quitter le territoire. Ce document, délivré par le consulat du pays d'origine, est indispensable pour organiser l'expulsion. Toutefois, le fait que cet homme avait été contraint de faire ses démarches auprès du consulat d'Algérie, alors qu'il revendique sa nationalité tunisienne, complique encore plus la situation.

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"Une procédure bâclée et injuste"

L'avocat de l'homme concerné a vivement déclaré ce qu'il considérait comme une procédure bâclée et injuste. Selon lui, la conclusion hâtive tirée par la préfecture sur la nationalité de son client n'est pas fondée, et les méthodes utilisées pour l'identifier sont inacceptables. Il a fait un parallèle saisissant en suggérant qu'il serait tout aussi absurde de vouloir renvoyer un citoyen français aux États-Unis vers un autre pays européen, simplement parce qu'il est européen. L'avocat insiste sur le fait qu'il est inadmissible de déterminer la nationalité d'un individu sur la base d'une interprétation trop sommaire et sans éléments concrets à l'appui.

Les autorités françaises, quant à elles, soutiennent que l'homme a refusé de coopérer en fournissant les documents nécessaires à la vérification de son identité. Cependant, la question reste ouverte sur la légitimité de la procédure suivie. La situation de cet homme, toujours retenu en centre de rétention, est loin d'être réglée. Le 29 octobre 2024, il a refusé pour la troisième fois de rencontrer les autorités consulaires algériennes, ce qui a été interprété comme un acte de résistance.

Lors de l'audience au tribunal de Lille du 26 novembre 2024, la procureure a rejeté les arguments de la défense, arguant que l'homme insiste à dire qu'il est tunisien « parce que cela l'arrange ». Elle a requis une peine de six mois de prison à son encontre et a réaffirmé la demande d'OQTF, assortie d'une interdiction de territoire de cinq ans.


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