Son nom évoque le secteur économique privé en Algérie. Il est l’incarnation de la réussite et inspire de nombreux jeunes, non seulement en Algérie, mais également à travers toute l'Afrique. Il a connu une ascension fulgurante en quelques années. Entrepreneur autodidacte, il a lancé de nombreuses entreprises et projets créateurs d’emplois. Il contribue grandement à la diversification de l’économie algérienne et investit dans des créneaux novateurs. Grâce à lui, l’Algérie est devenue autosuffisante dans certains produits alimentaires jadis importés en devises. Lui, c'est d’Issad Rebrab, dont le nom suffit pour parler d’intelligence économique. Connaissez-vous réellement cet homme d’affaires ?
L'homme d'affaires algérien Issad Rebrab est devenu une figure emblématique de la réussite, inspirant de nombreux jeunes non seulement en Algérie, mais également à travers toute l'Afrique. Entrepreneur autodidacte, Issad Rebrab, désormais à la retraite a prouvé, par le biais de ses nombreuses entreprises, dont le groupe agro-alimentaire, Cevital, que le secteur privé pouvait prospérer en Algérie, un pays où l'économie est généralement dominée par les entreprises publiques.
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Issad Rebrab, originaire d'une famille modeste des hauteurs de la Kabylie, a tracé un parcours admirable digne d’un conte de fée. Parti d'un simple cabinet d'expertise comptable, il est devenu une figure emblématique de l'industrie algérienne, reconnue à l'échelle internationale. Son succès repose sur une devise désormais célèbre, qui illustre parfaitement sa philosophie entrepreneuriale : Voir grand, commencer petit, et avancer rapidement.
Né le 27 mai 1944 à Taguemount Azouz, un village de la région de Beni Douala, en Kabylie, dans le nord de l'Algérie, Issad Rebrab est issue d’une famille modeste. Après avoir suivi des études à l'École normale d'enseignement professionnel, il enseigne la comptabilité et le droit commercial dans un collège pour jeunes filles à Constantine. Par la suite, il a occupé le poste de chef comptable et directeur financier des Tanneries Algériennes, une entreprise publique, située à Rouiba dans la banlieue d’Alger. Cependant, il abandonne rapidement ce créneau.
En 1968, il quitte la fonction publique et se lance comme indépendant en créant son propre cabinet d’expertise comptable. Son premier chiffre d’affaire était de 1200 DA par mois. Moins que son salaire aux Tanneries Algériennes qui était de 1900 DA. Puis se lance dès 1971 dans l’entrepreneuriat, en créant des sociétés dans la métallurgie et la sidérurgie. C’est ainsi qu’il lance en 1974 PROFILOR, qu’il considère comme la mère de toutes ses entreprises, la base de tout, même du groupe Cevital, qu’il lancera plusieurs années plus tard.
Issad Rebrab, pionnier de l’entreprenariat privé en Algérie
Dès 1979, PROFILOR entreprend l'acquisition de plusieurs entreprises, dont SOTECOM, que Issad Rebrab rachète à un concurrent dans le secteur du rayonnage métallique, et la SACM d'ORAN, une société spécialisée dans la chaudronnerie lourde et la fonderie fonte. Grâce à PROFILOR, Issad Rebrab fonde en 1985 ENALUX, une entreprise spécialisée dans la fabrication d'échelles et d'échafaudages en aluminium, qu'il cède par la suite à son frère. PROFILOR permet également le lancement en 1986 de METALOR, devenue la deuxième société du Groupe.
Cependant, c'est METAL SIDER, une usine de métallurgie fondée en 1988 à Larbaa Beni Moussa, dans la wilaya de Blida, qui est devenue l'une des plus grandes réussites d'Issad Rebrab. Grâce à ses activités prospères, l'usine s'est rapidement imposée comme le premier employeur privé de l'époque, avec 1 000 emplois directs. Dès sa première année d'activité, en 1992, elle a enregistré des résultats impressionnants : un bénéfice net avant impôt de 33 millions de dollars pour un chiffre d'affaires de 300 millions de dollars.
C'est grâce à cette entreprise qu'Issad Rebrab bâtit sa fortune au cours des années 1990, devenant ainsi l'un des hommes les plus riches d'Afrique. En 1995, cet ancien expert-comptable s'affirme comme un acteur majeur de l'industrie métallurgique, un secteur alors largement dominé par les entreprises publiques sous le contrôle de l'État. Mais le tournant dans la vie professionnelle d’Issad Rebrab intervient en 1998, avec la fondation de Cevital. Un groupe spécialisé dans l’agroalimentaire, implanté dans la wilaya de Béjaia au nord-est de l’Algérie.
Issad Rebrab n'a pas attendu la construction de sa raffinerie d'huile pour s'implanter sur le marché. Dès janvier 1999, il s'était déjà positionné grâce à la fabrication d'emballages et au conditionnement d'huiles raffinées. Avec une approche méthodique, il a commencé par importer de l'huile raffinée en vrac qu'il conditionnait à Bejaia. La qualité supérieure des emballages qu'il produisait, combinée à celle de l'huile importée, lui a rapidement permis de se faire un nom dans le segment haut de gamme. Les consommateurs pensaient même que son produit était directement importé, déjà conditionné.
En dépit de nombreux obstacles administratifs, les deux premières lignes de la raffinerie d’huile de Cevital à Bejaia étaient opérationnelles dès août 1999. La capacité de l’usine de Cevital était déjà rapidement portée à 800 tonnes par jour, pour atteindre par la suite 1800 t/j, soit 140% des besoins du marché national, devenant ainsi la plus grande raffinerie d’Afrique et d’Europe sur le même site. Aujourd’hui, l’huile de table de Cevital est devenue un produit familier pour tous les Algériens.
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En plus de son produit principal qui est l’huile de table, l’usine de Cevital est aussi une entreprise de produits gras de consommation courante. Elle fabrique également différents types de margarine ainsi que les graisses végétales qui servent aux marchés des pâtisseries et des fabricants de desserts, crème glacée, chocolat, biscuits et autres produits alimentaires utilisant des matières grasses.
Après le succès de sa raffinerie d’huile, Issad Rebrab se tourne vers le raffinage d’un autre produit de large consommation. Il s’agit du sucre dont Cevital deviendra un des acteurs majeurs du marché en termes production et d’exportation. Avec une capacité de production de plus de 2 millions de tonnes par an, Cevital dispose de la plus grande raffinerie de sucre au monde sur le même site. Elle couvre largement les besoins du marché local tout en faisant passer l’Algérie du stade importateur à celui d’exportateur.
Cevital, premier groupe privé en Algérie
Si le sucre de Cevital s'est exporté aux quatre coins du monde, c'est surtout grâce à sa qualité supérieure, conforme aux normes européennes. En 2010, l'entreprise a expédié 370 000 tonnes de sucre vers 28 pays. En 2020, les exportations de Cevital ont dépassé les 900 000 tonnes, desservant plus de 40 pays. Pour atteindre ces résultats, Issad Rebrab n'a pas hésité à investir massivement. En 2010, il a injecté 3,5 millions d'euros dans un terminal de chargement de sucre blanc capable de traiter 800 tonnes par heure, permettant ainsi de transférer le produit directement du silo vers un bibo (bateau usine). Ces installations ont été cruciales pour faire de Cevital un acteur majeur sur le marché international du sucre.
Après des années de préparation, Issad Rebrab donne en 2017 à Bejaia le coup d’envoi de la construction d’une usine de trituration de graines oléagineuses, multi-graines et d’une capacité de 11000 t/j. Mais il s’est heurté dès le début à une opposition féroce des responsables de l’époque. Finalement, l’usine entre en production au premier semestre 2023, permettant ainsi à l’Algérie de produire une huile 100% locale.
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À la tête du Groupe Cevital jusqu’à sa retraite en 2022, Issad Rebrab n’a cessé de le faire grandir en diversifiant ses activités, pour compter aujourd’hui 26 filiales dans l’industrie, l’agro-alimentaire, la grande distribution ou encore l’automobile. Issad Rebrab a développé ses activités à l’international, notamment en Europe (France, Italie, Espagne), en Tunisie, au Maroc et au Brésil. En France, Issad Rebrab a racheté en 2013 la PME Oxxo (fabricant de fenêtres haute-performance), en 2014 Brandt France, pour relancer ce leader de l’électro-ménager, et en 2015 Luccuni un complexe sidérurgique d’acier spéciaux.

Après 25 ans d’existence, Cevital est aujourd’hui un groupe algérien de renommée mondiale et leader du secteur privé algérien en termes d’emplois, de contribution au budget de l’Etat et d’exportations. Dans un de ses rapports au Conseil d’administration de Cevital, Issad Rebrab confirme que « sur 100 DA de fonds générés par les opérations, 59% sont versés au budget de l’Etat sous forme d’impôts et de taxes, 40% sont réinvestis et seulement 1% est distribué aux actionnaires ». Premier groupe privé en Algérie, Cevital s’est classé en 2024 quatrième en Algérie, derrière Sonatrach, Naftal et Sonelgaz et 73e en Afrique, selon le classement des 500 plus grandes entreprises africaines, établit par le magazine français Jeune Afrique.
Issad Rebrab est l’homme le plus riche d’Algérie
À l’image de son groupe, Issad Rebrab, a également connu une progression fulgurante sur le plan de richesse. EN 2023, la fortune de l’homme le plus riche d’Algérie a été estimée par le magazine Forbes à 4,6 milliards de dollars. Mais en 2024, la fortune nette de Rebrab a chuté de près de la moitié, s’élevant désormais à 2,5 milliards de dollars et se classant à la 11e place du classement des milliardaires en Afrique au nombre de 20, toujours selon le classement du magazine américain.
Forbes souligne qu'Issad Rebrab partage sa fortune avec sa femme et ses cinq enfants, dont son fils Malik, qui a pris la direction de Cevital en tant que PDG en 2022, après que son père ait pris sa retraite le 30 juin de la même année. Le magazine rappelle également que la justice algérienne a interdit en mai 2023 à Issad Rebrab d'exercer toute fonction commerciale ou de direction au sein de son conglomérat. De plus, il est mentionné qu'il avait déjà purgé huit mois de prison pour corruption, avant d'être libéré en janvier 2020.
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Hirak, arrestation et accusations de corruption
Les déboires d’Issad Rebrab avec les autorités algériennes n’ont jamais cessé tout au long de sa carrière, notamment durant les deux derniers mandats du défunt président de la République, Abdelaziz Bouteflika. « Notre groupe est, à l’instar du peuple, une victime du système et de sa mafia économique », écrit-il sur Twitter quelques jours avant son incarcération en 2019. « Je suis (…) très habitué à leurs embûches, à leur acharnement et nous allons continuer de nous battre », déclarait-il déjà en 2016 à propos du rachat avorté du journal arabophone El Khabar, par son groupe.
Mais les problèmes pour Rebrab se sont accentués en 2019 au moment où le pays était secoué par l’effervescence populaire connue sous le nom du Hirak. L’homme d’affaires a été placé sous mandat de dépôt dans la nuit du 22 au 23 avril 2019, à Alger, après avoir été entendu par le parquet dans le cadre d’une enquête anticorruption. Issad Rebrab, alors âgé de 74 ans, est « soupçonné de fausse déclaration concernant le mouvement de capitaux de et vers l’étranger, surfacturation, importation de matériel usagé en dépit de l’octroi d’avantages bancaires, fiscaux et douaniers (destinés au matériel neuf) », selon la télévision d’État algérienne.
Jugé le 31 décembre 2019 par le tribunal de Sidi M'hamed à Alger, Issad Rebrab a été condamné à 18 mois de prison, dont six mois fermes. Ayant déjà passé huit mois en détention provisoire, il a été libéré dans la matinée du mercredi 1er janvier 2020. Issad Rebrab a également été condamné à une amende de près de 10,3 millions d'euros. Le tribunal a également condamné l'entreprise Evcon, une filiale du groupe Cevital à une amende de 20,7 millions d'euros.
La retraite d’Issad Rebrab et sa succession controversée
C’est dans la foulée de cette affaire qu’Issad Rebrab décide de fermer en avril 2022 le journal Liberté, qu’il avait acquis au début des années 1990 et d’annoncer quelques mois plus tard sa retraite à la tête de son groupe Cevital. Dans un communiqué publié le 22 juin 2022, Issad Rebrab a annoncé qu’il prendra sa retraite à partir du 30 juin et passera le flambeau à son fils Malik Rebrab, qui deviendra le nouveau PDG du groupe Cevital.
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« Après plus de 50 années passées au cœur de la vie économique de notre pays et fort du constat de ce qu’est devenu le Groupe Cevital, je peux affirmer que j’ai vécu cette période avec beaucoup de plaisir et de fierté », indiqué Issad Rebrab dans sa déclaration, et d’ajouter : « Aujourd’hui, au terme d’un processus de transition entamé à la fin de l’année 2020, j’ai décidé de quitter l’ensemble de mes fonctions et mandats à la tête du Groupe Cevital. »
Attaché aux valeurs familiales très chères aux Kabyles montagnards, Issad Rebrab a décidé d’impliquer ses 5 enfants (Omar, Malik, Yassine, Salim et Lynda) au sein du management de Cevital. En 2009, le groupe familial a élargi sa gouvernance en décidant d’ouvrir son conseil d’administration à des membres indépendants. Une décision motivée par la volonté de soutenir la croissance de l’entreprise et d’assurer sa pérennité, à l’image des grandes entreprises internationales.