Le propriétaire du Journal Liberté a réagi, ce jeudi 14 avril, à la fermeture du quotidien. Issad Rebrab a expliqué dans sa lettre publiée dans les colonnes du dernier numéro de Liberté les raisons de la fermeture de cet organe de presse écrite. Il balaie d'un revers de la main les autres raisons qui ont fait spéculation et assure que seules les raisons économiques ont motivé l'homme le plus riche d'Algérie à fermer Liberté.

Issad Rebrab a donc rédigé une lettre aux Algériens : « C'est avec beaucoup d'émotion que je m'adresse à vous aujourd'hui. J'ai passé près de 30 ans de ma vie à vos côtés à travers ce journal et en dépit des moments difficiles que nous avons pu traverser, je peux affirmer que j'ai vécu cette période avec beaucoup de plaisir », écrit l'homme d'affaires.

Issad Rebrab explique sa fermeture du quotidien Liberté

Issad Rebrab est revenu sur la fermeture du journal et a expliqué ses motivations : « Ma décision d’arrêter le journal Liberté a soulevé une vague d’émotion et de protestation. Je comprends le sentiment de ceux, si nombreux, qui refusent de consentir à l’extinction d’un support dévoué de la liberté d’expression, d’une citadelle de lutte démocratique et d’un témoin qui a accompagné, jour après jour, un long épisode de l’Histoire récente de notre pays », constate le richissime industriel.

Il répond dans cette lettre à ceux qui – jusqu'à la dernière minute – ont cru à la possibilité de sauver le journal Liberté : « aux concitoyens et amis du journal ayant exprimé leur souhait de voir sa parution se poursuivre et à ceux n’en ayant pas compris les motifs, je confirme que sa situation économique ne lui permet qu’un court et vain sursis. Ce quotidien d'information a été proposé à la vente, mais il a été victime, comme beaucoup de supports de presse, de l’évolution mondiale des comportements des lecteurs qui s’orientent vers la presse électronique. Le problème procède autant de l’état général récessif de la presse papier que du contexte commercial qui prive le journal de la contribution de vitales annonces publicitaires et de l’amenuisement accéléré du lectorat. Depuis un temps, le journal est distribué à perte. Et la perspective n’est point encourageante. La décision est aussi à replacer dans un contexte plus large d’évolution dans l’organisation des activités que j’ai, jusqu’ici, initiée et dirigée ».

Issad Rebrab se retire de la vie active

Il affirme : « depuis plus d’une année, j’ai placé le groupe Cevital dans une perspective d’un nouveau départ devant faire suite à mon retrait de la vie active que mon âge a rendu nécessaire et que j’annoncerai prochainement. Les modestes réalisations dont je suis l’initiateur et le promoteur m’ont demandé une vie d’efforts et de sacrifices. Au moment où je prends enfin une retraite effective, j’ai voulu faire en sorte que la relève qui me succédera puisse se consacrer au seul impératif de développement des activités industrielles du groupe, libérées des contraintes particulières de gestion d’une entreprise de presse ».

Rebrab ajoute : « c'est au demeurant le souhait légitime de mes successeurs. Au moment où prend fin l’exaltante aventure collective autour de Liberté, je tiens à saluer le geste de nombreux intellectuels, femmes et hommes politiques, de lettres et de culture qui ont appelé à sa préservation. Ce quotidien a été une belle aventure, enrichissante et fructueuse pour tous ceux qui ont contribué à son élaboration. Il a su porter le combat pour la défense de toutes les libertés. La multitude de sujets qui ont été traités dans les rubriques phares du quotidien a permis de diffuser des informations capitales à grande échelle, touchant un large public ».

Le patron de Liberté remercie les employés du journal qui ferme définitivement ses portes

L'homme d'affaires classé en première position par le magazine Forbes des hommes les plus riches d’Algérie conclut : « Je tiens particulièrement à exprimer ma reconnaissance aux générations de lecteurs de Liberté qui, par leur présence, lui ont constamment donné sa raison d’être et, dans les moments les plus difficiles, lui ont fourni la meilleure raison de résister et de persévérer ».

Il s'adresse aux employés de Liberté en soulignant : « Je tiens aussi à rendre hommage aux générations d’employés qui y ont successivement partagé l’exigeante tâche de confection quotidienne du journal et [qui ont] fait de lui l’œuvre impérissable qu’il est. Je m’incline devant la mémoire de ceux d’entre eux qui, sous les balles assassines du terrorisme, ont payé de leur vie la cause de progrès et de démocratie qu’il a toujours défendue. J’ai une pensée attristée pour d’autres parmi eux qui ont eu à subir l’épreuve imméritée de la prison. Je remercie enfin les différents partenaires, annonceurs, imprimeurs et diffuseurs qui ont participé à sa réalisation ».

Il faut dire que cette lettre parvient au moment ou Liberté ferme définitivement ses portes. Une grande perte pour le champ médiatique algérien. Une perte que les lecteurs ne comprennent pas, surtout en connaissant l'aisance financière du groupe Cevital. D'autres ne partagent pas le constat sur le plan économique du journal, qui a d'ailleurs récemment renouvelé sa partie « électronique » (sur Internet). Ils sont même nombreux à affirmer que l'entreprise n'est pas en faillite. Mais tous sont placés devant le fait accompli : le dernier numéro du quotidien Liberté a paru ce 14 avril 2022.