S'il y a un homme d'affaires qui ne laisse pas indifférent en Algérie, c'est Issad Rebrab. En effet, l'homme le plus riche du pays fait couler beaucoup d'encre. Porté très haut par les autorités et ensuite emprisonné dans un procès qualifié de politique, pour enfin être libéré, le patron le plus puissant d'Algérie est le symbole d'un capitalisme sauvage pour les uns et celui de la réussite du secteur privé pour les autres. Il fait polémique à chaque événement, comme dans le contexte actuel, où la question de la solidarité est au centre de tous les débats.

La fortune de Issad Rebrab, homme d'affaires algérien et patron de Cevital

Ainsi, l'homme le plus riche d'Algérie est également parmi les plus fortunés en Afrique et dans le monde. Selon le magazine américain Forbes, en 2021, le patron du groupe privé Cevital Issad Rebrad se trouve à la 589e place de ce classement dominé par les Américains. La fortune d'Issad Rebrab est estimée à 4,8 milliards de dollars US.

L'année dernière, la fortune du patron de Cevital s'élevait à 4,4 milliards de dollars selon le classement du même magazine de l'année 2020. La fortune de Rebrab a ainsi évolué de 400 millions de dollars en une année. C'est dire en somme que la crise sanitaire liée au coronavirus n'a pas du impacté cet homme d'affaires algérien et ses entreprises.

Le classement de Forbes est dominé en somme par des hommes d’affaires américains, avec notamment Jeff Bezos, le patron d'Amazon, qui pointe à la première place avec une fortune de 177 milliards de dollars. Il devance son compatriote Elon Musk, PDG du constructeur automobile Tesla, qui pèse actuellement 151 milliards de dollars.

Issad Rebrab plus riche que Donald Trump, l'ex-président des USA

Dans ce classement, Issad Rebrab devance l'ancien président américain Donald Trump, qui arrive à la 1299e place avec une fortune de 2,4 milliards de dollars. Donald Trump a débuté comme employé dans l'entreprise de son père, qui développait des résidences low-cost à Brooklyn et au Queens. Il est désormais le seul milliardaire à avoir accédé à la fonction suprême aux États-Unis d'Amérique. Âgé de 75 ans, sa fortune vient essentiellement de l'immobilier dans la zone de New York. Il possède aussi plusieurs terrains de golf et un domaine viticole. Son nom est utilisé sous licence par plusieurs compagnies de par le monde. En 2018, il est élu 3e personnalité la plus puissante au monde par le magasine Forbes.

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Un Algérien 7e fortune en Afrique

Issad Rebrab arrive en 7e position en Afrique, avec 4,8 milliards de dollars et des entreprises dans l'alimentaire. Son groupe, Cevital, possède l'une des plus importantes raffineries de sucre au monde, avec une capacité de production de 2 million de tonnes par an. Cevital possède aussi des compagnies européennes d'électroménager (comme la marque Brandt), une usine de production d'acier en Italie et une compagnie de purification d'eau allemande (Evcon).

Le classement africain des hommes et femmes les plus riches

Issad Rebrab, chargé de ses 4,8 milliards de dollars US, est notamment devancé par le patron d'Orascom Telecom, l’égyptien Nassef Sawiris, qui arrive à la 2e place en Afrique et 297e place dans le monde avec une fortune estimée à 8,3 milliards de dollars.

À la 6e et 5e positions africaines, on retrouve les nigérians Abdulsamad Rabiu (4,5 milliards de dollars), âgé de 60 ans, qui a fait fortune dans le ciment et le sucre, et Mike Adenuga (6,3 milliards de dollars), âgé de 68 ans, qui s'est enrichi dans les télécommunications et le pétrole. Johann Rupert et sa famille, originaires d'Afrique du Sud, sont à la 4e place, avec une fortune de 7,2 milliards de dollars.

On retrouve un autre Sud-africain à la tête de ce classement : Nicky Oppenheimer et sa famille sont 3e, avec 8,1 milliards de dollars amassée dans le diamond. Et enfin un autre nigérian, Aliko Dangote, qui trône à la tête du classement des fortunes africaines avec 12,5 milliards de dollars amassés notamment dans le ciment et le sucre.

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Les ennuis judiciaires de Isaad Rebrab

Issad Rebrab a été poursuivi en 2019 pour « infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger », « faux et usage de faux » et « fausse déclaration douanière ». La justice reprochait notamment au patron de Cévital la surfacturation d’équipements de purification d’eau importés par Evcon.

Il a été arrêté en avril 2019 et a passé 8 mois en prison avant d'être libéré en décembre après avoir été condamné à 18 mois de prison dont 6 mois ferme. Niant tous les faits qui lui ont été reprochés, il a aussi refusé de reconnaître « l’expertise réalisée sur les équipements importés de l’étranger et objet de la fausse déclaration douanière ».

Ce procès a été qualifié de politique par de nombreux observateurs. Ces derniers ont relevé les vices de forme dans ce procès. Durant son incarcération, plusieurs actions de solidarité ont été organisées pour dénoncer l'acharnement, notamment de l'ancien patron de l'armée algérienne, contre l'homme d'affaire.

Cevital, une entreprise citoyenne

Ces derniers jours, plusieurs voix se sont élevées pour dire que Issad Rebrab ne s'est pas impliqué dans l'opération de solidarité avec les malades du Covid-19. Des internautes ont relevé que le patron de Cevital était aux abonnés absents. Cependant, le directeur des relations publiques au groupe Cevital, Mouloud Ouali, a révélé une opération d'importation de 4'000 concentrateurs d'oxygène. Le groupe Cévital s'emploie à finaliser les démarches liées à l'action avec les autorités compétentes, a-t-il affirmé.

Le porte-parole du groupe a inscrit la démarche de Cevital dans le cadre des dons de solidarité effectués par le complexe en tant qu'entreprise citoyenne, notamment depuis le début de la pandémie du Covid-19. Le groupe de Issad Rebrab a affirmé qu’il n’est pas d’usage que le groupe médiatise ses actions caritatives, et que Cevital « n'a jamais manqué et ne manquera jamais à son devoir ». Il faut dire aussi que le groupe Cévital s'est distingué par le passé par plusieurs actions de solidarité envers les Algériens.

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Affaire Numilog : Quand Rebrab perd son capital sympathie

Plusieurs syndicalistes ont accusé le PDG de Cevital de ne pas accepter les syndicats au seins de ses entreprises. Ils donnent comme exemple ce qui s'est passé dans l'entreprise Numilog, une filiale de Cevital. Cette dernière a licencié 196 travailleurs de son site à Béjaïa en Kabylie à la suite d'une série de grèves hebdomadaires de 3 jours.

Cette décision avait été dénoncée car considérée comme une atteinte grave au droit des travailleurs à s'organiser en syndicat, pourtant garanti par la loi algérienne. Selon le spécialiste du monde du travail Nouredine Bouderba, « cette grève, soutenue par l'union de wilaya UGTA de Bejaïa, avait pour seules revendications des points de droit qui auraient dû être réglés par l'inspection du travail et la justice si l'administration du travail avait fait correctement son travail ».

L'affaire Numilog a aussi remis sur le tapis l'impunité dont jouissent les patrons et la vulnérabilité des travailleurs en Algérie. Depuis, Issad Rebrab a fait face à des critiques virulentes et a perdu une grande partie de la sympathie qu'il avait gagnée au fil des années.

Le patron le plus puissant d'Algérie, symbole à la fois du capitalisme sauvage algérien et de la réussite du secteur privé, reste tout de même l'une des personnalités les plus populaires en Kabylie, aux côtés de Lounis Hamitouche, patron des laiteries Soummam.